L'ONU et le Canada sont d'accord : la guerre en Afghanistan est ingagnable

Des soldats allemands suveillaient hier un point de contrôle à Kunduz
Photo: Des soldats allemands suveillaient hier un point de contrôle à Kunduz

Kaboul — Cinq jours après s'être dit «plus convaincu que jamais» de l'emporter sur les talibans, le général américain commandant les forces de l'OTAN en Afghanistan a vu son optimisme contredit par trois des alliés-clés des États-Unis sur place.

Le premier ministre canadien, Stephen Harper, ainsi que le représentant spécial des Nations unies en Afghanistan, Kai Eide, ont exprimé hier un pessimisme analogue à celui du chef du corps expéditionnaire britannique, le général Carleton-Smith.

«Nous n'allons pas gagner cette guerre», a jugé l'officier britannique dans une interview fracassante publiée par le Sunday Times de Londres, en évoquant un départ de ses 8000 hommes d'Afghanistan sans avoir maté la rébellion islamiste.

«Il s'agit de la réduire à un niveau d'insurrection contrôlable, ne constituant pas une menace stratégique et pouvant être géré par l'armée afghane», a expliqué le général, dont l'avis a été repris à son compte par Harper hier à Ottawa.

Le Canada a dépêché 2500 militaires en Afghanistan, où il a perdu une centaine d'hommes, mais son premier ministre a estimé que prétendre défaire totalement les talibans n'était pas réaliste. «L'objectif réaliste, c'est de renforcer les forces afghanes pour qu'elles puissent gérer leur propre sécurité.»

Le représentant spécial de l'ONU en Afghanistan, Kai Eide, s'est dit lui aussi d'accord avec le général Carleton-Smith, pour estimer que la guerre contre les talibans était ingagnable. «Nous savons tous que nous ne pouvons pas gagner militairement», a affirmé l'émissaire des Nations unies.

Le général David MacKiernan, commandant des troupes de l'OTAN en Afghanistan, s'était au contraire dit mercredi «plus convaincu que jamais que les talibans n'auraient pas le dessus» et avait réclamé jusqu'à 15 000 hommes en plus des renforts déjà programmés.

Les États-Unis prévoient de dépêcher au début de l'an prochain en Afghanistan 8000 soldats supplémentaires, qui viendront s'ajouter à leur 33 000 hommes déployés sur le terrain face à la guérilla des talibans et d'al-Qaïda.

Au total, plus de 70 000 militaires étrangers, occidentaux pour l'essentiel, sont déployés en Afghanistan, où la violence atteint désormais un niveau inégalé.

«Si notre perspective est seulement une perspective militaire, alors c'est une mauvaise perspective. Nous avons besoin d'une perspective plus large incluant la dimension politique, cruciale pour tout succès», a estimé Kai Eide.

«Si on veut obtenir des résultats pertinents, il faut parler à ceux qui sont concernés. Si on veut obtenir des résultats qui importent, il faut parler à ceux qui importent», a souligné l'émissaire de l'organisation mondiale, sous mandat de laquelle sont placées les forces internationales.

Le président Hamid Karzaï a révélé récemment qu'il avait demandé à l'Arabie saoudite de jouer les médiateurs avec le mollah Omar, chef des talibans. Mais ceux-ci ont démenti avoir noué pour le moment des contacts avec son régime soutenu à bout de bras par l'Occident.

«Si les talibans étaient prêts à s'asseoir à une table pour parler d'une solution politique, ce serait le genre de progrès susceptible de mettre fin à ce type d'insurrection», a estimé le général Carleton-Smith dans son interview au Sunday Times.

«Les talibans ne négocieront jamais avec les envahisseurs», lui a rétorqué dimanche un porte-parole du mouvement islamiste renversé il y a sept ans par les forces occidentales.