Le FBI se réorganise

Le directeur du FBI, Robert Mueller, a annoncé hier une série de réformes visant à répondre aux critiques sur les défaillances de la police et du renseignement américains avant les attentats du 11 septembre dernier. M. Mueller a reconnu que le FBI devait être «ouvert aux idées nouvelles et aux critiques».

Washington — Le FBI, très critiqué pour son incapacité à exploiter certaines informations reçues avant les attentats du 11 septembre, a annoncé hier une réorganisation interne massive avec, pour priorité numéro un, de «protéger les États-Unis contre les attentats terroristes».


Le directeur du FBI, Robert Mueller, qui a énoncé dix priorités pour remodeler le FBI, a annoncé que des ressources supplémentaires seront affectées à cette tâche et à combattre l'espionnage étranger aux États-Unis. Environ 500 agents, travaillant actuellement à la lutte contre le trafic de drogue et la délinquance économique, seront réaffectés à des tâches de contre-terrorisme, a-t-il dit lors d'une conférence de presse.


Le FBI emploie actuellement 27 000 personnes, dont quelque 11 400 agents, et devrait, selon M. Mueller, en recruter des centaines d'autres, notamment des analystes.


M. Mueller a reconnu que le FBI devait être «ouvert aux idées nouvelles et aux critiques». La police fédérale a été récemment très critiquée pour son incapacité à exploiter des informations reçues avant les attentats du 11 septembre, portant notamment sur le Français Zacarias Moussaoui qui, selon les enquêteurs, aurait dû être le «vingtième terroriste» du 11 septembre. Moussaoui avait été arrêté trois semaines avant les attentats. «Une attaque terroriste peut survenir à tout moment dans ce pays», a déclaré M. Mueller.


En tête des nouvelles priorités du FBI figurent aussi, a-t-il dit, la lutte contre le cyberterrorisme, contre la corruption publique et pour la protection des droits individuels.


Le patron du FBI, qui a reçu un hommage appuyé du ministre de la Justice (attorney général) John Ashcroft, a annoncé un changement culturel pour le FBI, qui devra «mieux collaborer avec d'autres agences» de sécurité, notamment la CIA (services de renseignement), qu'il a remerciée pour l'aide qu'elle commence à apporter pour une meilleure analyse de l'information. Selon M. Mueller, il est aussi essentiel de mieux coordonner les différentes forces, au nombre de 56, qui traitent du contre-terrorisme aux États-Unis. Cela concerne les agences fédérales — des douanes aux services d'immigration — et les polices locales.


Il a aussi annoncé la création d'«équipes volantes» pouvant intervenir rapidement sur des affaires délicates, aux États-Unis ou à l'étranger. Le chef du FBI a mentionné le cas du journaliste Daniel Pearl, enlevé et assassiné au Pakistan.


La priorité nouvelle accordée au contre-terrorisme ne signifie pas que le FBI veuille réduire sa lutte contre la criminalité ou que «nous baissions pavillon dans la guerre contre la drogue», a encore dit son directeur. M. Mueller avait déjà présenté les grandes lignes de cette réorganisation devant plusieurs commissions du Congrès.


Avant son annonce, le sénateur républicain Chuck Grassley lui a demandé de s'attaquer «à la racine du problème: les problèmes culturels du bureau à l'égard de la prévention des crimes, privilégier son image et coopérer avec les autres agences». Selon le sénateur, M. Mueller serait aussi bien inspiré d'écouter les critiques de Coleen Rowley, une conseillère juridique du FBI à Minneapolis (Minnesota), qui lui a adressé une longue lettre fustigeant certains dysfonctionnements au cours de la période précédant les attentats. «M. Mueller ferait bien de ne pas enquêter sur le terrorisme depuis son quartier général bureaucratique. Les agents sur le terrain sont les yeux et les oreilles du FBI. Ceux qui les supervisent à Washington doivent leur prêter assistance, pas leur mettre des bâtons dans les roues», a estimé M. Grassley.


Le président de la commission judiciaire du Sénat, le démocrate Patrick Leahy, qui contrôle les activités du FBI, a pour sa part souligné qu'il devait «faire des choix difficiles». «Le FBI doit devenir plus souple, suffisamment pour répondre à l'évolution des besoins du pays», a-t-il dit.