18 millions d'Algériens sont appelés aux urnes

Alger — Dix-huit millions d'électeurs algériens, dont presque deux millions à Alger et un million en Kabylie, sont appelés à se rendre aux urnes aujourd'hui pour renouveler leurs députés.

Issue d'un scrutin notoirement entaché par la fraude en 1997, l'Assemblée populaire nationale sortante est dominée par trois grands partis: le Rassemblement national démocratique (RND), créé sur mesure il y a six ans pour soutenir le président de l'époque, Liamine Zeroual. En deuxième position viennent les islamistes modérés du Mouvement de la société pour la paix (MSP, ex-Hamas), puis le Front de libération nationale (FLN).


Vingt-trois partis et 123 listes locales sont engagés dans la compétition d'aujourd'hui, dont la principale inconnue réside dans le taux de participation, considéré comme un indicateur de la crédibilité du régime. L'abstention risque d'être très élevée en Kabylie et à Alger en raison de la décision de deux partis qui y sont traditionnellement bien implantés, le Front des forces socialistes (FFS), d'Hocine Aït Ahmed, et le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), de Saïd Saadi, de boycotter les urnes après que le mouvement des aarchs (tribus), qui conduit la révolte en Kabylie depuis un an, a lancé un mot d'ordre de rejet.


Jusqu'au bout, ce «front antivote» aura multiplié les efforts pour persuader les électeurs de bouder ce qu'il qualifie de «nouvelle mascarade électorale». Résultat: ces dernières semaines, les chefs des partis en lice ont davantage cherché à convaincre les Algériens d'aller aux urnes qu'à exposer un programme.


Cinémas et salles omnisports


Ouverte le 9 mai, la campagne électorale s'est terminée lundi soir sans incident notable mais sur fond de tension grandissante en Kabylie. Si, à Alger, elle s'est déroulée dans une indifférence quasi totale comme d'habitude lors des scrutins, elle s'est révélée nettement plus animée dans le reste du pays. Le décalage était même frappant entre la capitale et la province où, par conviction, curiosité ou désoeuvrement, les gens ont souvent afflué par milliers aux meetings qui leur étaient proposés, en particulier lors des week-ends.


La vedette de ces trois semaines de campagne a incontestablement été le secrétaire général du Front de libération nationale (FLN), Ali Benflis, également premier ministre, qui a rempli sans problème des salles omnisports de 5000 à 8000 personnes, du nord au sud et d'est en ouest du pays.


Les réunions publiques de l'islamiste du MSP, cheikh Mahfoud Nahnah — courte barbe blanche, vêtu à l'occidentale d'un costume-cravate, toujours souriant —, ont elles aussi été très prisées, bien qu'à une échelle plus modeste. S'étant fait, selon lui, refuser les stades qui étaient accordés à Ali Benflis, M. Nahnah a dû se contenter d'espaces plus réduits comme des cinémas, mais il a toujours fait salle comble.


En principe, cet islamiste «politiquement et religieusement correct», qui compte trois ministres au gouvernement, devrait obtenir un score honorable aujourd'hui. S'il ne peut espérer, en raison de ses liens avec le pouvoir, récupérer les voix de l'ex-FIS (Front islamique du salut), toujours interdit et partisan du boycottage, il garde une assez bonne assise populaire. Ses candidats à l'Assemblée sont des intellectuels (universitaires, médecins, avocats, etc.) qui mènent sur le terrain, comme tous les militants, un travail de proximité efficace. Et les femmes, nombreuses dans les rangs du MSP, en sont souvent les meilleures ambassadrices, telle Aïcha Belhadjar, vice-présidente de l'Assemblée nationale sortante.


Plus incertain semble être le sort du Rassemblement national démocratique (RND) d'Ahmed Ouyahia, ministre de la Justice. Cette formation «née avec des moustaches», comme la définit par dérision Louisa Hanoune, du Parti des travailleurs (PT), pour souligner son parrainage militaire, ne dispose pas de base populaire ni du soutien du président de la République, à l'inverse de 1997.





L'«épouvantail islamiste»


Dépourvu de stratégie de communication, contrairement à Ali Benflis et Mahfoud Nahnah, le parti d'Ouyahia a axé l'essentiel de sa campagne sur le thème de l'«épouvantail islamiste». Les islamistes du MSP et ceux d'Ennadha faisant partie avec le RND de la coalition gouvernementale, l'argument a paru peu convaincant.


L'élection d'aujourd'hui sera-t-elle libre et transparente? En dépit des engagements solennels du président Bouteflika en ce sens et des dispositions prises pour empêcher que la fraude de 1997 puisse se renouveler, la population algérienne semble très sceptique. Le paradoxe est que ceux qui réclament à cor et à cri des élections propres sont souvent les mêmes qui avouent en privé préférer un «bourrage des urnes» à une victoire des islamistes.





Un scrutin à la proportionnelle


La Chambre des députés sortante est issue des élections du 5 juin 1997, sous la présidence de Liamine Zeroual. Pour les élections du 30 mai, les députés seront élus à la proportionnelle pour cinq ans sur des listes présentées dans chacune des 48 wilayas.


La future Assemblée sera composée de 389 députés, soit neuf de plus que la précédente, arrivée normalement à son terme.


Le Rassemblement national démocratique (RND), le parti du premier ministre, est la principale formation de la Chambre, avec 155 députés. Viennent ensuite le Front de libération nationale (FLN), 64 députés, les islamistes du Mouvement de la société pour la paix (MSP) et ceux d'Ennahda. Le Front des forces socialistes (FFS) et le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), les deux partis kabyles, totalisaient moins de 40 députés.