Yougoslavie - Un général canadien décrit le massacre de Racak

La Haye — Le général Michel Maisonneuve, chef adjoint des forces armées canadiennes, a brossé hier, au procès de Slobodan Milosevic, un tableau exhaustif des événements controversés de Racak, au Kosovo, qui ont contribué de manière déterminante à l'intervention de l'OTAN contre la Serbie en 1999.

C'est la première fois depuis le début du procès de Slobodan Milosevic, le 12 février dernier, que les juges du Tribunal pénal international (TPI) entendent une version complète des événements de Racak, village martyr dont le nom est devenu l'un des symboles des crimes de guerre commis dans les Balkans, aux côtés de Srebrenica et Sarajevo. Environ 45 personnes ont été tuées à Racak par les forces serbes le 15 janvier 1999.


À l'époque, l'officier canadien était l'un des chefs de secteur de la Mission de vérification au Kosovo (MVK), une force internationale mise en place pour vérifier les accords de cessez-le-feu conclus le 13 octobre 1998 entre M. Milosevic et l'émissaire américain Richard Holbrooke.


Durant sa déposition, le général Maisonneuve s'est inscrit en faux contre trois thèses serbes: celle selon laquelle Racak aurait été un bastion des indépendantistes albanais de l'UCK (Armée de libération du Kosovo), celle de la «mise en scène», selon laquelle il n'y aurait jamais eu de massacre à Racak mais une manipulation de l'UCK, et l'assertion, enfin, selon laquelle la quasi-totalité des personnes tuées à Racak étaient des combattants de l'UCK.


Revenant sur la genèse du massacre, Michel Maisonneuve a rappelé que plusieurs incidents avaient éclaté dans le secteur de Racak avant le 15 janvier, «à l'instigation de l'UCK», dont une embuscade au col de Stimlje, au cours de laquelle trois policiers serbes avaient été tués par les indépendantistes, le 8 janvier. Le général a affirmé que «le résultat de telles provocations était toujours l'utilisation disproportionnée de la force» par les Serbes.


Il a décrit dans ses grandes lignes l'assaut serbe contre la bourgade à partir des rapports fournis par les observateurs de la MVK sur place. L'armée yougoslave (VJ) et le MOUP, les forces du ministère de l'Intérieur, se sont partagé la tâche. Depuis les collines surplombant le village, des chars T-55 de la VJ et des obusiers ont commencé à pilonner des maisons dans la ceinture extérieure de Racak tandis que les forces du MOUP nettoyaient le village en le fouillant maison par maison.


Le général est arrivé sur place le 15 janvier dans l'après-midi. Il ne savait pas encore qu'il y avait eu un massacre. Ce n'est que le lendemain qu'il a été conduit dans une zone étroite appelée «le passage». Là, dans une ravine, une vingtaine de corps étaient alignés, couverts de rosée. «Ils semblaient avoir été abattus à bout portant. Les balles avaient été tirées dans la tête par-devant ou par-derrière. C'étaient tous des hommes. La plupart d'entre eux étaient des villageois» et n'étaient pas en âge de combattre, a déclaré l'officier.


Sa description constitue un démenti à la thèse défendue à l'époque par le gouvernement serbe, encore soutenue aujourd'hui par M. Milosevic, selon laquelle les corps retrouvés dans le fossé étaient ceux de combattants albanais, placés là par l'UCK pour faire croire à un massacre et entraîner une intervention occidentale.


Les événements de Racak, par leur énorme retentissement médiatique, ont constitué un tournant dans le conflit du Kosovo. Deux mois plus tard, à partir du 24 mars, l'OTAN lançait sa campagne de bombardements contre la Serbie, qui devait aboutir en juin à l'évacuation des forces serbes du Kosovo. M. Milosevic répond depuis le 12 février de crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide pour son rôle dans les conflits du Kosovo, de la Bosnie et de la Croatie.