Afghanistan - Hamid Karzaï est prêt à négocier avec les talibans

Le mollah Omar veut bouter dehors les troupes étrangères.
Photo: Agence Reuters Le mollah Omar veut bouter dehors les troupes étrangères.

Le président afghan Hamid Karzaï a lancé un appel au mollah Omar et a demandé au roi Abdallah d'Arabie Saoudite de servir de médiateur dans des négociations de paix avec le chef des talibans.

Quelques heures auparavant, le mollah Omar avait affirmé que les forces étrangères, si elles ne se retiraient pas d'Afghanistan, subiraient le même sort que les troupes soviétiques vaincues par les moudjahidine à la fin des années 1980.

«Il y a quelques jours, j'ai fait appel à leur chef, le mollah Omar, et j'ai dit "mon frère, mon cher, reviens dans notre patrie, viens et oeuvre pour la paix et le bien de ton peuple, et arrête de tuer tes frères"», a déclaré Hamid Karzaï hier à des journalistes après les prières marquant la fin du ramadan.

Il a cependant démenti que des négociations aient eu lieu avec les talibans en Arabie Saoudite, tout en précisant avoir écrit au roi Abdallah pour lui demander son concours afin de ramener la paix en Afghanistan et dans toute la région. «Depuis deux ans, j'ai écrit à plusieurs reprises au roi d'Arabie saoudite pour lui demander, en tant que chef du monde musulman, de nous aider à ramener la paix en Afghanistan», a reconnu le président afghan. «Les préparatifs des négociations se poursuivent, nos émissaires se sont rendus à de nombreuses reprises en Arabie saoudite et au Pakistan, mais les négociations elles-mêmes n'ont pas encore débuté», a-t-il ajouté.

L'Arabie Saoudite avait été l'un des rares pays à reconnaître le gouvernement des talibans en Afghanistan dans les années 1990. Le président afghan est un Pachtoune, le principal groupe ethnique du pays, tout comme le mollah Omar et la plupart des chefs talibans.

Hamid Karzaï a affirmé qu'il assurerait la protection du mollah Omar et de tous les autres talibans qui voudraient faire la paix, soulignant qu'ils ne devaient pas craindre les forces étrangères déployées dans le pays. «Ils devraient revenir et ne pas craindre les étrangers. Je serai comme un rempart face aux étrangers», a-t-il assuré.

Les déclarations de Karzaï résonnent comme un bel aveu de faiblesse. Elle ont été saisies au bond par le mollah Omar qui, dans un communiqué, a affirmé qu'il garantirait la sécurité des forces étrangères si elles se retirent, faute de quoi elles seraient défaites comme l'armée Rouge. «Il y a quelques années, personne n'aurait pu prévoir que les Américains et leurs alliés se heurteraient à une telle résistance. Aujourd'hui, le président [afghan] et ses ministres supplient pour qu'on leur donne de l'argent, des armes et des soldats, mais en vain», a-t-il poursuivi.

Lundi, la direction des talibans a démenti l'existence de négociations avec les autorités de Kaboul et réitéré son engagement a se battre jusqu'au départ des troupes étrangères.

Selon l'hebdomadaire britannique The Observer de dimanche, un ancien dirigeant des talibans sert d'intermédiaire pour des «entretiens sans précédent» avec le gouvernement, en effectuant des navettes entre Kaboul, les bases des talibans au Pakistan, l'Arabie Saoudite et certaines capitales européennes. Selon le journal, le but de cette initiative est de créer la division entre al-Qaïda et les talibans.

Dans un communiqué adressé lundi à Reuters, la direction des taliban a déclaré que ces informations faisaient partie d'un plan visant à susciter méfiance et crainte entre les taliban et leurs partisans à l'étranger.

Les discussions avec les taliban ont été dans le passé problématiques. «Ils ne cessent de changer de revendications. Un jour c'est une chose, le lendemain une autre», a déclaré un conseiller gouvernemental afghan cité par The Observer.