Scandale du lait contaminé à la mélamine - Le nombre de nourrissons chinois hospitalisés a doublé

Xie Liu, l’un des bébés hospitalisés, a reçu des soins du personnel de l’hôpital de Hefei, dans la province d’Anhui.
Photo: Agence Reuters Xie Liu, l’un des bébés hospitalisés, a reçu des soins du personnel de l’hôpital de Hefei, dans la province d’Anhui.

Pékin — Le nombre de nourrissons hospitalisés en Chine après avoir consommé du lait frelaté a doublé, passant à près de 13 000, ce qui a entraîné hier la démission du responsable des services chinois de contrôle de la qualité.

La première alerte a été donnée en mai lorsqu'un bébé est mort après avoir développé des calculs rénaux causés par la consommation de lait en poudre contenant de la mélamine. Depuis, trois autres nourrissons sont décédés pour les mêmes raisons.

Plusieurs pays d'Asie ont interdit ou rappelé des produits laitiers chinois.

L'agence Chine Nouvelle rapporte, dans un bref communiqué, que le responsable des services de contrôle de la qualité, Li Changjiang, a démissionné. Le chef du parti communiste de Shijiazhuang, siège du groupe Sanlu qui a produit le lait contaminé, a été limogé, ajoute l'agence.

De 6000 à 13 000

Le ministère de la Santé a annoncé que le nombre de bébés touchés était passé à 12 892, dont 104 sont dans un état grave. Un précédent bilan faisait état de 6244 nourrissons malades. Il précise que plus de 1500 enfants ont pu quitter l'hôpital et que près de 40 000 bébés, dont les symptômes sont moins graves, ont reçu un traitement et des conseils.

La mélamine, qui entre dans la fabrication de plastiques, est une résine riche en azote utilisée par certaines entreprises agroalimentaires afin de masquer l'addition d'eau au lait. À faible dose, la mélamine n'est pas considérée comme toxique, mais elle peut provoquer des calculs rénaux, voire déclencher un blocage des fonctions rénales.

Le premier ministre chinois, Wen Jiabao, a tenté de rassurer des dizaines de parents en se rendant hier dans plusieurs hôpitaux de la capitale. Il a promis une politique de fermeté face aux responsables de ce nouveau scandale sanitaire.

«Bien que les gens ordinaires se montrent compréhensifs, en tant que gouvernement nous nous sentons très coupables», a dit Wen, cité par Chine Nouvelle.

Les services sanitaires chinois ont dit avoir trouvé de la mélamine dans près de 10 % des échantillons de lait et de yaourt à boire de trois grandes compagnies: Mengniu Dairy, le Groupe industriel Yili de Mongolie Intérieure et le groupe Bright.

La Chine a été touchée ces derniers mois par plusieurs autres scandales: dentifrices, médicaments, aliments pour animaux ou encore jouets contenant des produits toxiques.

Impact sur les exportations

L'affaire du lait frelaté a d'ores et déjà un impact très négatif sur les exportations.

La compagnie japonaise Marudai Food Co. Ltd a retiré des biscuits fabriqués avec du lait fourni par Yili et le gouvernement nippon a demandé à 90 000 entreprises de vérifier si leurs importations avaient été contaminées par de la mélamine. Brunei, Singapour, la Malaisie, Hong Kong et Taïwan ont interdit ou rappelé les produits laitiers chinois.

À Hong Kong, Nestlé, première entreprise mondiale de produits alimentaires, a annoncé le rappel d'un lait UHT après la découverte par un service sanitaire de faibles traces (1,4 ppm ou particule par million) de mélamine dans des lots qui ne sont pas directement vendus au public, mais sont distribués à des entreprises de restauration, à Hong Kong exclusivement.

Le groupe néerlandais Friesland Foods a retiré par précaution trois types de produits laitiers des magasins de Hong Kong, Singapour et Macao, a dit un porte-parole à l'agence néerlandaise ANP. Ces produits étaient fabriqués par une entreprise chinoise dans laquelle Friesland détient une participation minoritaire. Friesland Foods a précisé que moins de 1 % de ses produits étaient concernés.

Même White Rabbit Creamy Candy, une marque chinoise de bonbons au lait, est contaminée à la mélamine, ont fait savoir les autorités de Singapour.

Au courant depuis un mois Sanlu, premier producteur chinois de lait maternisé, était au courant du problème depuis au moins un mois, mais ne l'a pas dévoilé pendant tout le mois d'août, tandis que Pékin accueillait les Jeux olympiques, ont indiqué les autorités.

Certains parents s'inquiètent du coût des traitements et des complications à long terme.

Dans la province du Hunan, Zhou Zhijun raconte que, depuis juin, elle a conduit à trois reprises à l'hôpital sa fille qui ne cessait de pleurer et de maigrir. Ce n'est que fin août que des calculs au rein ont été diagnostiqués.

«Toutes ces visites ont coûté 20 000 yuans [environ 3000 $CAN] et je ne sais toujours pas qui paiera», dit-elle en précisant que sa fillette de 15 mois a bu du lait maternisé Sanlu.

Le ministère chinois de l'Agriculture a indiqué que des paysans jetaient le lait que les compagnies ne veulent plus acheter et abattaient leurs vaches. Il a promis des subventions pour aider ces éleveurs sinistrés.