Afghanistan - L'armée américaine admet qu'il faut changer de stratégie en Afghanistan

Washington — Le chef d'état-major interarmes américain, l'amiral Mike Mullen, a concédé hier que la coalition occidentale n'était pas en train de gagner en Afghanistan et prôné un changement de stratégie afin de combattre l'insurrection jusqu'au Pakistan.

«Je ne suis pas convaincu que nous soyons en train de gagner en Afghanistan. Je suis convaincu que nous le pouvons», a dit Mullen lors d'une audition devant la commission des Forces armées de la Chambre des représentants.

Sept ans après le renversement du régime des taliban, Mullen a expliqué qu'il «réfléchissait à une nouvelle stratégie, plus globale, pour la région», visant notamment à étendre les opérations de part et d'autre de la frontière entre l'Afghanistan et le Pakistan.

«À mes yeux, ces deux pays sont inextricablement liées par une même insurrection qui franchit leur frontière commune», a-t-il dit. «Nous pouvons pourchasser et tuer des extrémistes lorsqu'ils franchissent la frontière depuis le Pakistan, [...] mais tant que nous ne coopéreront pas plus étroitement avec le gouvernement pakistanais pour éliminer leurs bastions, l'ennemi continuera d'entrer [en Afghanistan]», a souligné Mullen.

Son audition coïncide avec l'augmentation des attaques américaines contre des cibles insurgées au Pakistan, et l'annonce, mardi par le président George Bush, de l'envoi d'un bataillon de et d'une brigade de combat supplémentaires d'ici janvier.

La multiplication des raids américains en territoire pakistanais a provoqué la colère des dirigeants locaux et fragilise le gouvernement pakistanais ainsi que le nouveau président Asif Ali Zardari.

Selon les troupes américaines et de l'OTAN, les taliban et les militants islamistes lancent de plus en plus d'attaques contre les forces occidentales depuis les zones tribales pakistanaises, a avancé Mullen. «Ajoutez à cela une économie afghane pauvre et chancelante, un marché des narcotiques florissant et l'incertitude politique au Pakistan, et vous obtenez les ingrédients d'une bataille complexe, difficile, qui nécessitera du temps», a-t-il ajouté. Il a par ailleurs jugé que l'aide à la reconstruction et à la mise en place de l'État de droit était cruciale en Afghanistan.

Pour sa part, l'armée afghane augmentera d'ici trois ans ses effectifs pour les porter à 134 000 hommes, a annoncé la Mission d'assistance de l'ONU en Afghanistan (UNAMA) hier.

La décision de presque doubler les effectifs afghans a été prise hier au terme d'une réunion de ministres afghans et de représentants de la communauté internationale, dont l'UNAMA, réunis au sein de la Commission conjointe de coordination et de surveillance (JCMB).

«Cette augmentation est un pas très important en vue de nous assurer que le gouvernement afghan dispose du nombre de soldats dont il a besoin pour graduellement prendre la responsabilité de la sécurité du pays», a affirmé Kai Eide, vice-président de la JCMB et représentant spécial du secrétaire général de l'ONU pour l'Afghanistan.

Actuellement, les effectifs de l'armée gouvernementale afghane sont de 66 000 soldats sur le terrain, plus 8000 en formation, selon le général Cone.

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