Le choix de John McCain: une conservatrice pure et dure

John McCain et sa colistière Sarah Palin, 44 ans, gouverneure de l’Alaska.
Photo: Agence Reuters John McCain et sa colistière Sarah Palin, 44 ans, gouverneure de l’Alaska.

John McCain a joué de surprise et de ruse en choisissant hier l'inconnue Sarah Palin, gouverneure ultraconservatrice de l'Alaska, âgée de 44 ans, en tant que colistière dans la course à la Maison-Blanche contre le duo démocrate Barack Obama-Joe Biden.

Personne ne l'avait prévu. Le choix fait écho à Hillary Clinton, qu'on imaginait il y a moins d'un an devenir la première femme à briguer la présidence américaine avant que M. Obama ne la double pour arracher l'investiture démocrate. Tout sépare pourtant les deux femmes, à commencer par leur orientation politique.

Conservatrice pure et dure, chrétienne évangélique, Mme Palin n'est gouverneure de l'Alaska que depuis 2006, après avoir été mairesse de la petite ville de Wasilla, en Alaska, de 1996 à 2002. Mariée et mère de cinq enfants, elle est farouchement hostile à l'avortement, fait partie de la National Rifle Association (NRA), le puissant lobby américain des armes à feu, et défend avec ardeur l'ouverture de la réserve naturelle du Arctic National Wildlife Refuge à l'exploitation pétrolière pour réduire la dépendance des États-Unis en hydrocarbures importés du Proche-Orient.

John McCain, qui sera officiellement désigné candidat présidentiel au congrès du parti qui commence lundi à Saint Paul, au Minnesota, en a fait l'annonce hier à l'occasion d'un rassemblement politique à Dayton, en Ohio, devant 15 000 partisans. M. McCain, qui fêtait hier ses 72 ans, a avant tout voulu présenter Mme Palin comme une réformiste à son image. Il a déclaré avoir choisi sa colistière après avoir cherché le partenaire politique «le mieux à même de l'aider à secouer» l'establishment politique à Washington. «Elle est exactement celle dont j'ai besoin. Elle est exactement celle dont ce pays a besoin pour m'aider à combattre ces vieilles politiques washingtoniennes du "moi d'abord, le pays ensuite"», a assuré McCain. Le bilan de Mme Palin, faisait hier valoir le clan McCain, est exemplaire en matière de réforme, d'approche bipartisane et de lutte contre la corruption.

Première femme à être nommée sur un ticket républicain, Mme Palin avait rejoint M. McCain en compagnie de son mari et de ses enfants, âgés de 4 mois à 18 ans. «Sénateur, je suis très honorée d'avoir été choisie pour être votre colistière. Je serai honorée de servir au côté du prochain président des États-Unis, a-t-elle déclaré. En tant que gouverneure, je me suis élevée contre les vieilles habitudes politiques.»

Pour son opposition à l'avortement, son choix a été salué chaleureusement par la droite conservatrice, dont M. McCain, perçu comme trop libéral dans les quartiers ultras du parti, a absolument besoin pour l'emporter à la présidentielle du 4 novembre prochain. Sachant avant la naissance de son cinquième enfant que celui-ci était atteint de mongolisme, Mme Palin a refusé de se faire avorter, ce qui en a fait une héroïne parmi les conservateurs religieux. «Il est pratiquement impossible de dire à quel point cela est important pour la communauté de foi conservatrice», déclarait hier Ralph Reed, ex-président de la Christian Coalition.

Sa désignation inattendue représente en outre une tentative de captage du vote des électrices déçues par la décision du candidat démocrate Barack Obama de choisir comme colistier Joseph Biden et non Hillary Clinton, comme beaucoup l'espéraient.

Mme Palin a d'ailleurs fait mouche hier à Dayton lorsqu'elle a évoqué ses origines modestes et révélé que son fils aîné allait bientôt être envoyé en Irak. Mais elle a obtenu les vivats les plus forts quand elle a parlé... de Mme Clinton. Prenant en exemple la rivale malheureuse de Barack Obama pour l'investiture de son parti, elle a promis de réussir là où les démocrates ont échoué: placer une femme sur le ticket qui enlèvera la Maison-Blanche en novembre. «Il se trouve que les femmes américaines n'ont pas dit leur dernier mot», a-t-elle déclaré.

McCain «essaie manifestement d'attirer les partisans de Clinton qui veulent voir une femme au poste de vice-président. Le revers de la médaille, c'est qu'il n'y a aucune chance pour qu'elle passe l'examen de chef des armées», a estimé Dennis Goldford, professeur de sciences politiques à l'université Drake, dans l'Iowa.

«Un coup fumant, audacieux de la part de McCain», a commenté de son côté Élisabeth Vallet, chercheuse à l'Observatoire des États-Unis de l'UQAM. Ce qui est heureux dans le débat, signale-t-elle par ailleurs, c'est que M. McCain ne pourra plus guère pointer l'inexpérience de M. Obama sans se faire renvoyer la balle.

Reste que la désignation de cette «réformiste» de 44 ans pour briguer la vice-présidence a surpris de nombreux responsables républicains. Depuis des semaines, des personnalités autrement plus connues étaient pressenties pour figurer sur le ticket. On évoquait notamment le gouverneur du Minnesota, Tim Pawlenty, l'ancien gouverneur du Massachusetts et ex-candidat à l'investiture, Mitt Romney, et Tom Ridge, ancien gouverneur de la Pennsylvanie et ex-secrétaire à la sécurité intérieure de George W. Bush.

Mme Palin serait, à l'instar de M. McCain, une conservatrice atypique qui n'a pas peur d'afficher ses désaccords avec d'autres membres de son parti. Elle est devenue gouverneure de l'État en décembre 2006 après avoir battu le gouverneur sortant, un républicain, dans une primaire, et un ancien gouverneur lors de l'élection. Elle s'est bâti une réputation de réformiste en prenant les rênes de l'État alors qu'il venait d'être frappé par une série de scandales de corruption. À la tête de la commission du pétrole et du gaz de l'Alaska, elle avait dénoncé des violations éthiques provenant du propre président du Parti républicain de l'Alaska. Cela a renforcé son statut d'intégrité.

«Elle a combattu les compagnies pétrolières, les caciques du parti et les parasites bureaucrates», s'est félicité M. McCain.

L'annonce du ticket républicain — que le président George W. Bush a qualifié de «très fort» — permet au moins à McCain, qui parie sur la jeunesse et la nouveauté, de se faire une place dans l'actualité politique américaine, largement dominée ces derniers jours par son adversaire.

Sarah Palin est de trois ans plus jeune que Barack Obama (47 ans), qui a, lui, choisi un colistier d'expérience, Joe Biden, 65 ans, sénateur depuis plus de 30 ans et expert en politique étrangère. Un débat est prévu en octobre entre Mme Palin et M. Biden.

Mme Palin devient ainsi la deuxième femme de l'histoire américaine à être candidate à la vice-présidence. En 1984, le démocrate Walter Mondale avait fait ticket commun avec Geraldine Ferraro à la présidentielle qui avait reporté Ronald Reagan au pouvoir pour un second mandat.

Une «hockey mom» avec zéro expérience

Le camp Obama n'a pas perdu de temps pour s'indigner. «Aujourd'hui, John McCain a placé l'ancienne maire d'une ville de 6500 habitants, avec zéro expérience en politique étrangère, à une encablure de la présidence», a dénoncé le porte-parole Bill Burton par voie de communiqué.

«La gouverneure Palin partage avec John McCain la volonté de faire annuler "Roe c. Wade" [la décision de la Cour suprême qui a permis en 1973 la légalisation de l'avortement], le soutien au lobby pétrolier et le projet de poursuivre les politiques économiques vouées à l'échec de George Bush. Ce n'est pas le changement dont nous avons besoin, juste toujours la même chose», a-t-il ajouté. Cela dit, Obama et Biden ont estimé, de leur côté, que la désignation d'une femme comme colistière demeurait «un nouveau signe encourageant que les vieilles barrières sont en train de tomber dans notre monde politique».

Mme Palin se présente comme une «hockey mom», version plus «musclée» des «soccer mom» qui avaient fait élire Bill Clinton en 1992. Son mari, Todd Palin, qui a des origines autochtones, travaille dans le secteur de la pêche et des champs pétroliers. La famille vit toujours à Wasilla.

Née le 11 février 1964 dans l'Idaho, fille d'un enseignant et d'une secrétaire, cette jeune femme sportive et télégénique a participé au concours de miss Alaska au début des années 1980 avant de se lancer dans des études de journalisme.

Mais sa vraie passion, la politique, l'emporte. En 1992, elle entre au conseil municipal de sa ville, Wasilla. Quatre ans plus tard, à 32 ans, elle devient la plus jeune maire de cette cité. Ses méthodes sont si expéditives qu'on finit par la surnommer «Sarah Barracuda».

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Avec l'Agence France-Presse, Associated Press et Reuters
7 commentaires
  • Ginette Bertrand - Inscrite 30 août 2008 03 h 12

    Toute une Une!

    Si je m'appelais Guy Taillefer, je serais vraiment gêné.

    Un article signé de mon nom qui est un copier-coller à peine retouché des agences de presse mentionnées en fin de texte, et qui ne donne absolument aucune information qu'on n'avait déjà pu lire ailleurs, c'est pas fort-fort.

    Toute une Une! Le Devoir est-il vraiment si en peine?...

  • Gilles Bousquet - Inscrit 30 août 2008 09 h 00

    W. Bush est tout content

    M. McCain et Mme Palin, 2 admirateurs de George W. Bush qui se félicite du choix de cette co-listière. C'est assez pour découragwer les Américains de bonne volonté de voter pour eux. C'est comme avoir l'accord du diable en personne.

  • Gabriel RACLE - Inscrit 30 août 2008 09 h 40

    Effet de miroir?

    Il va être intéressant, et les médias ne manqueront pas de le faire, de comparer le duo Obama-Biden et le duo McCain-Palin. Ce dernier, qui vient donc de se constituer après le premier, est l'image inverse du premier et en le constituant, John McCain a joué sur l'effet miroir.

    D'un côté la jeunesse et le dynamisme sont ceux du candidat président et la compétence complémentaire nécessaire se trouve chez le candidat vice-président. Du côté républicain, c'est exactement l'inverse, c'est la candidate vice-présidente qui incarne la jeunesse et le dynamisme et la compétence se retrouve chez le candidat président. S'y ajoute le choix d'un homme, dû à sa compétence, du côté démocrate, et le choix d'une femme, en contre-pied, du côté républicain.
    Étrange situation finalement. Le choix des électeurs étatsuniens va-t-il être dicté par la présence et les caractéristiques du possible futur vice-président.?

    Ou alors, la forme va-t-elle l'emporter sur le fond? La forme, c'est-à-dire l'image médiatique proposée, celle de l'équipe 72-44 ou celle de l'équipe 47-65, car il est évident que le choix de John McCain a été fait en grande partie en vue de l'image que présente désormais le fameux ticket présidentiel. Bien entendu, les convictions s'y ajoutent, celle d'une conservatrice pure et dure pour ce qui est de Sarah Palin, mais là encore c'est une question d'image. John McCain avait besoin de redorer son côté conservateur, qui manquait de crédibilité aux yeux d'une large frange de son électorat potentiel. Celle d'ouverture et de renouveau du côté de Barack Obama.

    Barack Obama avait fait comme J. McCain en choisissant le très compétent Joe Biden, pour combler le manque d'expérience que lui reprochaient ses adversaires républicains. Avec l'image forte que projette Joe Biden, capable de devenir président en cas de nécessité, Barack Obama semble d'ailleurs en meilleure position que J. McCain dont la possible vice-présidente n'a pas l'expérience nécessaire pour projeter l'image d'une possible présidente, un problème que l'état de santé et l'âge de J. McCain peut rendre réel.

    En définitive, si l'on rajoute les images familiales abondamment utilisées, on peut se demander si les citoyens étatsuniens vont élire leurs grands électeurs en se basant sur de solides programmes ou sur des apparences médiatiques? Et, dans le secret de l'solaire, la couleur du candidat président va-t-elle aussi l'emporter? Cela fait beaucoup d'images, au bout du compte, les unes à l'inverse des autres. Dans ce jeu de miroirs, quelles images vont se transformer en réalité.

  • Georges Allaire - Inscrit 30 août 2008 09 h 48

    Des enfants frétilles d'espoir.

    Quoique l'on dise, l'avenir est aux porteuses de vie plutôt qu'aux urnes funéraires ambulantes.

    Georges Allaire

  • jacques noel - Inscrit 30 août 2008 11 h 59

    "pure et dure"

    On comprend que dans la langue québécoise c'est une insulte, inventée par les fédéralistes, qu'on colle maintenant à tous ceux qui s'accrochent à des idées qui nous déplaisent royalement