OTAN et Russie, «partenaires égaux»

Pratica di Mare () — Le président russe Vladimir Poutine a siégé hier pour la première fois au milieu de ses homologues de l'OTAN, inaugurant le nouveau conseil conjoint créé par les deux anciens ennemis de la guerre froide, lors d'un sommet sur la base militaire de Pratica di Mare, près de Rome.

M. Poutine s'est assis à la table ronde entre le chef de gouvernement espagnol Jose Maria Aznar et le premier ministre portugais Jose Durao Barroso, dans un décor digne d'un studio de télévision et construit pour l'occasion dans une enceinte militaire transformée en forteresse. Cette place entre le Portugal et l'Espagne, selon l'ordre alphabétique anglais, symbolise la nouvelle architecture des relations entre l'OTAN et la Russie, qui devient un «partenaire égal» au sein du conseil conjoint.


«Vingt nations de Vancouver à Vladivostok sont autour d'une même table pour répondre aux problèmes où les intérêts communs réclament des solutions communes», a résumé le secrétaire général de l'OTAN, George Robertson.


Ce sommet constitue un «résultat historique pour une grande alliance et une grande nation européenne», a déclaré le président américain George W. Bush. L'OTAN avait été créée en 1949 pour faire face à une éventuelle invasion de l'armée soviétique.


Le président russe et ses homologues ont signé formellement la «Déclaration de Rome» qui entérine les nouvelles relations entre l'OTAN et la Russie. Le nouveau forum remplace l'actuel conseil permanent conjoint OTAN-Russie, créé en 1997 et qui était resté un organe de consultations formel. La Russie avait suspendu sa participation pendant un an pour protester contre la campagne du Kosovo en 1999.


«Il n'y a pas d'alternative à la collaboration entre l'OTAN et la Russie», a affirmé Vladimir Poutine, qui a insisté sur la menace «terrible» que représente le terrorisme et «la difficulté pour l'affronter». Le président russe fait face à des réticences dans son pays sur sa politique de rapprochement avec les Occidentaux depuis les attentats du 11 septembre aux États-Unis.


Le nouveau conseil conjoint permettra aux deux parties de prendre des décisions communes dans un certain nombre de domaines prédéfinis: lutte contre le terrorisme, gestion des crises, non-prolifération, maîtrise des armements et mesures de confiance, défense contre les missiles de théâtre, recherche et sauvetage en mer, coopération entre militaires et plans civils d'urgence. «Les membres du Conseil OTAN-Russie s'emploieront également à identifier d'autres domaines de coopération», ajoute le texte de la déclaration.





Désaccord sur l'élargissement


Les décisions seront «prises par voie de consensus» et la Russie n'aura pas de droit de veto dans le domaine militaire, avait précisé Tony Blair avant le sommet.


«Les États membres de l'OTAN et la Russie oeuvreront en tant que partenaires égaux dans des domaines d'intérêt commun. Le Conseil OTAN-Russie constituera [...] un mécanisme de consultation, d'établissement de consensus, de coopération, de décision conjointe et d'action conjointe sur toute une gamme de questions de sécurité dans la région euro-atlantique», ajoute la déclaration. [...] Il «sera présidé par le secrétaire général de l'OTAN» et «se réunira au niveau des ministres des affaires étrangères et au niveau des ministres de la défense deux fois par an et à celui des chefs d'État et de gouvernement comme il conviendra», selon le texte de la déclaration. «Les réunions du Conseil OTAN-Russie au niveau des ambassadeurs se tiendront au moins une fois par mois, des réunions plus fréquentes pouvant avoir lieu selon les besoins», ajoute-t-il.


Vladimir Poutine a rappelé l'opposition de son pays à l'élargissement de l'OTAN à de nouveaux pays membres tout en reconnaissant «parfaitement possible» une adhésion de l'Ukraine, qui a exprimé la semaine dernière son intention de devenir membre.


En marge du sommet, le secrétaire d'État américain Colin Powell a affirmé que l'élargissement de l'OTAN se poursuivra en dépit des objections russes. Neuf pays sont actuellement officiellement candidats pour entrer au sein de l'OTAN (les trois pays baltes, la Slovaquie, la Slovénie, la Bulgarie, la Roumanie, l'Albanie et la Macédoine). Lors d'un sommet à Prague en novembre, l'OTAN doit décider d'inviter un certain nombre de ces pays à la rejoindre.


M. Powell a affirmé que «la Russie ne peut avoir de droit de veto» sur les nouvelles adhésions.


M. Powell a estimé que la tournée européenne d'une semaine du président George W. Bush, qui est rentré hier soir à Washington après s'être rendu en Allemagne, en Russie, en France et en Italie avait été «un voyage historique couronné du plus grand succès». Il a estimé que cette tournée avait confirmé «les très solides» relations entre Washington et l'Europe. «Cela ne veut pas dire que nous n'ayons pas de désaccord», a reconnu le chef de la diplomatie américaine en évoquant la question du protocole de Kyoto sur le changement climatique ou la récente création de la Cour pénale internationale (CPI). «Nous discutons avec nos amis européens et on ne peut parler d'unilatéralisme parce que l'on n'est pas d'accord. Nous faisons partie d'une grande alliance mais cela ne veut pas dire que nous pouvons être d'accord sur tout», a-t-il poursuivi.