En Israël, les gardes de sécurité sont les nouveaux héros

Jérusalem — Ils sont, dans l'esprit des Israéliens, le dernier rempart contre les kamikazes. Depuis cette terrible semaine de mars au cours de laquelle près de 50 civils israéliens avaient été tués dans des attaques terroristes alors qu'ils faisaient leurs courses au supermarché ou dînaient au restaurant, les «gardes de sécurité» sont devenus les nouveaux héros de la société israélienne.

Jusqu'à la semaine dernière, le quotidien Haaretz leur rendait hommage chaque jour par l'entremise d'une photo légendée. La direction de l'Emploi, de son côté, n'hésite plus à proposer cette activité aux ingénieurs, aux informaticiens ou même aux médecins laminés par la crise économique.





Supplément


De Tel-Aviv à Jérusalem en passant par Haifa et Beer Sheva, plus aucun lieu public ne peut en effet attirer du monde s'il ne prend la précaution de poster, devant la porte d'entrée, un garde armé dûment préparé à repérer le candidat-kamikaze et surtout à le neutraliser. Il y a deux mois à Jérusalem, un garde a été tué en se jetant sur le terroriste qui voulait forcer l'entrée d'un supermarché. Et vendredi à Tel-Aviv, un garde a évité un drame en tirant sur un kamikaze qui voulait faire sauter sa voiture devant une discothèque. Depuis peu, cafés et restaurants n'hésitent d'ailleurs pas à ajouter de un à 1,5 shekel par personne (environ ) sur la note de leurs clients pour contribuer à l'emploi d'un gardien. Personne ne s'en plaint.


Les consommateurs sont prêts à payer bien plus pour avoir la certitude de pouvoir déguster une citronnade sans risquer d'être déchiquetés par une bombe. «En avril, après les attaques meurtrières de mars, j'ai perdu environ 70 % de ma clientèle», explique Gilli, copropriétaire du Cafit, café branché de Jérusalem où une tentative d'attentat a été déjouée de justesse il y a quelques mois. «J'ai fait installer des vitres blindées et une caméra de surveillance, et surtout j'ai recruté trois gardes qui se relaient à l'entrée de 7h du matin à 1h du matin. Depuis, les consommateurs reviennent. Mais le shekel que je fais payer à chacun pour ce service ne paie que 30 % de ce que me coûtent ces gardes.»


En période de crise économique, beaucoup d'établissements ne peuvent se permettre un tel luxe. Situé en plein centre de Jérusalem, le petit salon de thé Kadosh n'a pas les moyens de recruter un gardien mais le propriétaire, Itshik, a une licence et une arme, il surveille lui-même. «Mon père a ouvert ce lieu il y a trente-six ans, je connais tout le monde, je repère vite les gens suspects», confie-t-il.


L'expérience montre que la présence d'un garde ne peut être efficace à 100 %. À Jérusalem, le 9 mars dernier, le garde du café Moment n'a pas su repérer le kamikaze qui s'est fait exploser dans l'entrée de l'établissement, provoquant un carnage. Mais la vue d'un uniforme et d'une arme est souvent dissuasive. Selon les services de sécurité israéliens, c'est parce que l'entrée du supermarché de Petah Tikvah était protégée par un garde qu'un kamikaze s'est fait sauter lundi soir devant le café avoisinant qui, lui, n'avait pas les moyens de recruter quelqu'un pour assurer sa sécurité.


La demande est devenue telle que les sociétés de gardiennage ont presque du mal à y répondre.


N'importe qui, aujourd'hui, peut devenir garde de sécurité en Israël. Il suffit d'être passé par l'armée et de prouver, par des certificats des ministères de la Santé et de l'Intérieur, que l'on est mentalement sain et judiciairement clair.


C'est d'ailleurs là le problème. Alors que le taux de chômage atteint des sommets, à 10,3 % contre 8,7 % il y a un an, la direction de l'emploi commence à menacer les chômeurs, même les plus diplômés, de perdre leurs indemnités s'ils refusent un poste de garde. «Nous avons été pris au dépourvu par la demande. Nous avons donc organisé des réunions pour promouvoir cette activité et surtout nous avons décidé que tout le monde, même les universitaires, pouvaient postuler, explique son responsable, Yaakov Nizri.