Conférence des peuples de langue française - La francophonie se remet en question

Québec — La XVIIe Conférence des peuples de langue française, qui se déroule jusqu'à demain, s'est ouverte hier sur un fond d'inquiétude et par une remise en cause du rôle de la francophonie dans le monde.

«C'est une réalité de plus en plus admise: la francophonie se cherche une raison d'être», peut-on lire dans la présentation du thème de la Conférence des peuples de langue française. «Les illusions et les protestations d'optimisme ne parviendront pas longtemps à masquer la réalité de son déclin.»

Événement bisannuel, qui a été retardé d'un an pour coïncider avec le 400e anniversaire de la fondation de la ville de Québec, la Conférence des peuples de langue française réunit des organismes non gouvernementaux à caractère politique, «des mouvements politiques qui luttent pour l'émancipation des peuples de langue française qui sont placés en situation de minorité dans les États dont ils relèvent», selon la description qu'en fait son président, le Belge Olivier Maingain, député fédéral de Bruxelles et président du parti politique wallon FDF (Front démocratique des francophones). Au Québec, la Conférence est représentée par le Mouvement national des Québécoises et Québécois (MNQ). On y retrouve, outre M. Maingain de la Wallonie-Bruxelles, des représentants du Jura et de la Romandie, deux cantons suisses, et de Val-d'Aoste, une région autonome du nord de l'Italie où vivent quelque 110 000 francophones. Des Français y participent par l'entremise de l'Association française de solidarité avec les peuples de langue française.

Olivier Maingain se fait le promoteur d'une francophonie «avant tout politique», qui renouerait avec le message du général de Gaulle de 1967. «Incontestablement, la francophonie pourrait être beaucoup plus active dans le monde», a-t-il livré dans une entrevue au Devoir.

Cette francophonie doit s'appuyer sur les États-nations, «sur les peuples qui ont conscience de l'importance politique de la francophonie». Dans cette optique, M. Maingain croit dans «une union de la francophonie où le Québec et la France jouent un rôle moteur comme la France et l'Allemagne jouent un rôle moteur dans l'Union européenne».

Pour Olivier Maingain, la Belgique, qui est déjà un État fédéral mais qui se retrouve dans une impasse politique, se transformera en un État confédéral. Il défend l'idée d'un État Wallonie-Bruxelles alors que les partis autonomistes flamands proposent plutôt une cogestion flamande et wallonne de la capitale, qui est francophone à 90 %.

M. Maingain soutient que le message et l'expérience des peuples francophones placés en minorité sont communs. «Ce que nous réfutons, c'est le discours pseudo-égalitaire entre le peuple dominant et le peuple minoritaire, a-t-il fait valoir. Les peuples dominants refusent toujours aux peuples dominés les moyens de leur identité. Voilà pourquoi le choix de la souveraineté politique est la seule voix réaliste pour que les identités ne soient pas définitivement affaiblies, voire niées.»

La Conférence tiendra aujourd'hui et demain des ateliers. Le politologue Christian Dufour, le chroniqueur du Devoir Christian Rioux et le linguiste français Jérôme Baloge parleront de l'avenir de la francophonie. Ensuite, des conférenciers se pencheront sur la loi 101 comme modèle dans le monde, sur la diversité des nations et, enfin, sur la relation entre le Québec et l'Europe francophone. Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, prononcera une courte allocution ce midi tandis que la chef du Parti québécois, Pauline Marois, fera de même en fin de journée.