Karadzic a été transféré à La Haye

La Haye — L'ancien président des Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic, a été transféré hier à La Haye, où il sera jugé pour génocide et crimes de guerre commis pendant la guerre de Bosnie entre 1992 et 1995. Il comparaîtra pour la première fois devant le tribunal aujourd'hui et devra dire à cette occasion s'il compte plaider coupable des charges retenues à son encontre, a fait savoir l'institution.

Escorté par des membres des services secrets encagoulés, l'ancien dirigeant, arrêté la semaine dernière à Belgrade, a quitté la Serbie dans la nuit à bord d'un avion. Peu après l'aube, il a été transféré de l'aéroport de Rotterdam à Scheveningen, où se trouve le centre de détention du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY).

«Son arrestation est un succès majeur de la coopération de la Serbie avec le Conseil de sécurité de l'ONU», a déclaré le procureur en chef du TPIY, Serge Brammertz. Son procès débutera probablement dans quelques mois, a-t-il précisé.

L'ancien héros du nationalisme serbe occupera une cellule de 15 mètres carrés, similaire à celle où a été emprisonné pendant cinq ans l'ancien dirigeant serbe Slobodan Milosevic, mort en détention en 2006 d'une crise cardiaque avant la conclusion de son procès.

Prié de dire si des leçons avaient été tirées depuis le procès de Slobodan Milosevic, qui a duré quatre ans, Serge Brammertz a déclaré: «Nous sommes pleinement conscients de l'importance de l'efficacité», qualifiant le procès de Milosevic de «défaite totale».

Le magistrat a par ailleurs souligné que deux criminels de guerre étaient toujours en fuite dans la région, l'ancien chef d'état-major des Serbes de Bosnie Ratko Mladic et le Serbe de Croatie Goran Hadzic.

L'arrestation et l'extradition de Radovan Karadzic était une condition préalable posée par l'Union européenne à des négociations d'adhésion avec Belgrade. Sa capture est un geste fort du nouveau gouvernement pro-européen investi au début du mois.

«L'arrestation par les autorités serbes de Radovan Karadzic puis son transfèrement constituent une étape importante du processus de réconciliation dans les Balkans occidentaux et du rapprochement européen de la Serbie», s'est félicitée la présidence française de l'Union européenne. Les Vingt-Sept appellent «la Serbie à poursuivre dans cette voie» et à arrêter les deux derniers inculpés, dit un communiqué.

Arrêté après onze années de clandestinité, Radovan Karadzic est poursuivi pour le siège de Sarajevo (1992-96), qui a fait 11 000 morts, et le massacre de Srebrenica (1995), au cours duquel 8000 musulmans ont été tués, des crimes d'une gravité sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale. L'avocat de l'ancien président a déclaré qu'il avait bon espoir de ne pas être condamné pour génocide et comptait assurer sa défense lui-même.

Mardi soir, à Belgrade, 10 000 personnes ont manifesté leur soutien à l'ancien dirigeant, encore considéré comme un héros par les nationalistes serbes en Bosnie et en Serbie. Le rassemblement s'est terminé par des échauffourées entre les forces de l'ordre et des dizaines de jeunes gens liés à des groupes de hooligans. Les autorités ont dénombré 70 blessés, pour la plupart des policiers.

Selon ses proches, Radovan Karadzic garde le moral et prépare sa défense. Les membres de sa famille, son épouse, son fils, sa fille et son beau-fils, pourront lui rendre visite aux Pays-Bas.