Karadzic est optimiste

Les partisans de Karadzic ont de nouveau manifesté hier à Belgrade. Photo: Djodje Kojadinovic
Photo: Les partisans de Karadzic ont de nouveau manifesté hier à Belgrade. Photo: Djodje Kojadinovic

Belgrade — Trois jours après son arrestation à Belgrade, Radovan Karadzic prépare son procès activement, minutieusement et avec optimisme, confie son entourage.

L'ancien président des Serbes de Bosnie est en attente de transfert, probablement en début de semaine prochaine, vers le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) où il est poursuivi pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre pendant le conflit bosniaque (1992-95).

Sa famille et les proches qui lui ont parlé le disent en pleine forme, prêt à faire face à ses accusateurs, à laver son nom et à restaurer l'honneur des Serbes.

«Radovan répand un grand optimisme, il rit même quand je commence à pleurer», a déclaré son frère Luka. «Il assurera seul sa défense. Nous avons déjà préparé notre stratégie et nous disposons de nombreux documents et de nombreuses preuves.»

L'acte d'accusation du TPIY remonte à avril 2000. Il a été préparé par Carla Del Ponte, l'ancienne procureure en chef du tribunal. Le document de 14 pages est une longue liste de meurtres, viols, actes de torture et expulsions visant les musulmans et Croates de Bosnie dans les zones revendiquées par les Serbes.

Les deux accusations les plus lourdes portent sur le massacre de 8000 musulmans dans l'enclave de Srebenica en 1995, et sur le siège de Sarajevo, 43 mois au cours desquels 11 000 personnes ont trouvé la mort.

Beaucoup d'habitants de Serbie et de République serbe de Bosnie considèrent que le point de vue du tribunal est biaisé et imposé par la propagande occidentale. Ils l'accusent d'ignorer les crimes commis contre les Serbes à l'époque.

Radovan Karadzic a toujours affirmé son innocence depuis la lecture de son premier acte d'inculpation en 1995. «Il a étudié l'acte et il connaît son contenu», déclare Kosta Cavoski. Ce professeur de droit à l'Université de Belgrade dirige une équipe qui prépare depuis des années la défense de l'ancien président bosno-serbe. Le groupe, baptisé Comité international pour la vérité à propos de Radovan Karadzic, a constitué un dossier de plusieurs milliers de pages contenant des interviews, des discours et des lettres écrites en temps de guerre par l'ancien dirigeant.

Le TPIY n'autorisera peut-être pas Radovan Karadzic à assurer seul sa défense, l'expérience ayant démontré que, sans avocat, les prévenus peuvent faire traîner en longueur toute la procédure en réclamant davantage de temps pour se préparer. L'ancien psychiatre a une réputation d'extraverti cherchant à attirer l'attention, amateur de théories du complot et de récits héroïques.

En raison de la personnalité de Radovan Karadzic et du symbole qu'il représente, l'intérêt des médias de la région pour ce procès est considérable. Plusieurs chaînes de télévision comptent retransmettre les audiences en direct.

«Il est un symbole de la guerre. Les guerres de Bosnie ou de Croatie ne furent pas distinctes; ce fut véritablement une seule guerre», explique Josip Saric, de la chaîne croate HRT.

Certains observateurs estiment que le procès, associé à l'attitude proeuropéenne du nouveau gouvernement serbe, pourrait marquer un tournant dans le processus de réconciliation.

«Les Serbes vivent dans le déni, ils affirment qu'ils furent des victimes», estimait l'écrivain croate Slavenka Drakulic dans un récent éditorial. «Ce qu'il faut surtout aux habitants de Belgrade, Zagreb et Sarajevo [...], c'est la vérité. Nous savons qu'il n'y a pas de justice sans vérité, mais dans le cas de ces guerres, il n'y a pas de vérité sans justice.»