Côte d'Ivoire - Le pouvoir est accusé de commander des «escadrons de la mort»

Paris - L'entourage du président ivoirien Laurent Gbagbo est mis en cause dans les assassinats attribués aux «escadrons de la mort» à Abidjan par un rapport des Nations unies et par l'opposition ivoirienne, qui demande la saisie du Tribunal pénal international (TPI).

Le rapport de l'ONU indique que «les escadrons de la mort en Côte d'Ivoire seraient constitués d'éléments proches du gouvernement, de la garde présidentielle et d'une milice tribale de l'ethnie bété, proche du président Laurent Gbagbo».

Ce rapport souligne que «de nombreux assassinats de personnalités politiques, économiques et autres personnes se produisent à Abidjan [...] Ces assassinats seraient organisés par des escadrons de la mort et des milices privées. Actuellement, les autorités gouvernementales affirment ne pas avoir identifié les éléments qui composent ces escadrons et imputent ces actes à d'éventuels règlements de comptes.»

Le rapport, en date du 24 janvier et disponible sur le site Internet de l'ONU, a été établi à la suite d'une mission en Côte d'Ivoire, du 23 au 29 décembre, dirigée par Bertrand Ramcharan, haut commissaire adjoint des Nations unies aux droits de l'homme.

Le rapport ne livre aucun nom de responsables de ces escadrons, mais, selon le quotidien français La Croix, «des policiers, des militaires et des membres du gouvernement remplissent les blancs laissés par les enquêteurs. Des informations connues des plus hautes autorités françaises mettent en accusation le "premier cercle" du chef de l'État, Laurent Gbagbo».

À Paris, le Rassemblement des républicains (RDR), principal parti d'opposition ivoirien dont l'essentiel de la direction est en exil pour des raisons de sécurité, a demandé hier aux Nations unies la saisine du TPI.

Selon le RDR, «les escadrons de la mort ont repris du service» depuis la signature le 24 janvier de l'accord de Marcoussis (France).

Le corps criblé de balles de Camara H., comédien et militant du RDR, a été retrouvé à Abidjan le 2 février. Il avait été arrêté la veille après le couvre-feu par «des individus en uniforme se réclamant de la surveillance du territoire [DST] de la police nationale», selon le RDR.

«Ce scénario macabre est désormais classique à Abidjan, et personne n'est à l'abri [...] Les escadrons opèrent surtout en direction des militants du RDR mais n'hésitent pas à s'attaquer à d'autres opposants», a affirmé Henriette Diabaté, la secrétaire générale du parti de l'ancien premier ministre Alassane Ouattara, qui dénombre «environ 300 cas d'assassinats, sans compter les victimes de charniers».

Interrogé sur le fait que, malgré l'accord de Marcoussis, la direction du RDR reste en exil en France, Mme Diabaté a répondu: «Je tiens à rester en vie.»

Après le soulèvement rebelle du 19 septembre 2002, «nous avons quitté Abidjan, car nous étions dans un état d'inquiétude et d'insécurité. Même le nouveau premier ministre, Seydou Diarra, est en danger et sa famille, menacée. C'est pour ça qu'il ne rentre pas», a affirmé Mme Diabaté.

«Si Gbagbo est le commanditaire, il doit démissionner et être traduit devant le TPI. Il faut mettre ces escadrons rapidement hors d'état de nuire», a affirmé le secrétaire général adjoint du RDR, Amadou Coulibaly.