Conflit indo-pakistanais - Musharraf souffle le chaud et le froid

Islamabad — L'Inde et le Pakistan ont poursuivi hier leur guerre des nerfs alors que le secrétaire au Foreign Office doit se rendre à Islamabad, puis à New Delhi sans se faire d'illusion sur les chances de succès de sa mission de bons offices.

Le président pakistanais a appelé hier à l'unité nationale tout en se défendant de vouloir la guerre avec l'Inde. Mais, il s'est déclaré prêt à riposter à toute agression.


Dans un discours télévisé très ferme, le général Pervez Musharraf a déclaré: «Nous ne voulons pas la guerre. Mais si la guerre nous est imposée, nous riposterons de toute notre force et donnerons la réponse appropriée.»


Islamabad a procédé au cours du week-end à deux tests de missiles balistiques, l'un de moyenne portée (1500 km) et l'autre de courte portée (290 km).


«Nous sommes confrontés à une situation grave, nous sommes à la croisée des chemins, a-t-il poursuivi, ajoutant que le risque de guerre n'est pas dissipé.»


Musharraf a rappelé que le Pakistan soutiendra toujours le combat du peuple cachemiri, majoritairement musulman, contre le pouvoir indien, mais qu'Islamabad ne permettra pas que son territoire soit utilisé comme une base arrière pour des «actions terroristes contre qui que ce soit».


Le président pakistanais a toutefois martelé: «Un mouvement de libération est à l'oeuvre dans la partie occupée du Cachemire et le Pakistan ne peut pas être tenu pour responsable des actes commis à l'encontre de la tyrannie et de la répression indienne.»





«Terroristes hindous»


Tout en appelant au dialogue avec New Delhi pour résoudre leur différend, Musharraf a aussi évoqué les «atrocités» perpétrées par «des extrémistes et des terroristes Hindou» contre des mulsulmans au Cachemire ou dans l'État du Gujarat.


Le président pakistanais s'est aussi employé à consolider son assise en promettant l'organisation d'élections législatives entre le 7 et le 11 octobre.


Musharraf, qui a pris le pouvoir en 1999 à la faveur d'un coup d'État sans effusion de sang, a récemment obtenu par référendum de prolonger de cinq ans son mandat à la tête du pays.


Mais il avait pris l'engagement de se conformer à un arrêt de la Cour suprême lui enjoignant d'organiser des élections générales et de rendre le pouvoir aux civils d'ici octobre 2002.


New Delhi a promis de répliquer aujourd'hui aux propos du président pakistanais. Son secrétaire d'État aux affaires étrangères a toutefois estimé que le discours de Musharraf «va évidemment nous irriter fortement».


«Ce qu'il a raconté sur les terroristes hindous et tout le reste. Je n'avais jamais entendu parler de terroristes hindous s'en prenant à des mulsulmans, des Sikhs ou des chrétiens que ce soit au Cachemire, dans l'État du Gujarat ou dans n'importe quelle autre partie de l'Inde», a ajouté Omar Abdullah interrogé sur la chaîne de télévision Star News.





Jack Straw sans illusion


Jack Straw, secrétaire au Foreign Office, attendu à Islamabad puis à New Delhi pour une mission de bons offices, a souligné hier qu'il était urgent de trouver une issue à la crise indo-pakistanaise afin d'éviter le déclenchement d'un conflit nucléaire qui dévasterait le sous-continent pour des années.


Mais Jack Straw, qui faisait escale à Berlin pour s'entretenir de la situation au Cachemire avec son homologue allemand Joschka Fischer, a toutefois indiqué ne se faire guère d'illusion sur ses chances de succès et sur la capacité d'une tierce partie à résoudre le différend bilatéral entre l'Inde et le Pakistan.


Prié de dire si Londres envisage de prononcer un embargo sur les ventes d'armes à l'Inde et au Pakistan, Straw a répondu que les règles nationales et celles de l'UE en la matière continuaient de s'appliquer.


«Elles tiennent compte des changements qui peuvent intervenir et nous prenons nos décisions au cas par cas», a-t-il déclaré.


L'Inde et la Pakistan, tous deux dotés de l'arme nucléaire, ont massé près d'un million d'hommes de part et d'autre de leur frontière commune au Cachemire, et la tension entre les deux pays n'a cessé de s'aggraver depuis l'attaque du Parlement de New Delhi par des séparatistes cachemiris en décembre.