La presse américaine déplore que l'Europe soit mal comprise

Le Vieux Continent, que M. Bush visite actuellement, est de plus en plus mal compris.

Le Monde


«Vous allez en Europe? Surtout évitez de dire que vous êtes américain!» Ce «conseil d'ami» à une journaliste du Los Angeles Times est surtout le signe d'une incompréhension.


«Est-ce le score impressionnant de Le Pen en France, le meurtre de Pim Fortuyn aux Pays-Bas ou encore la montée du British National Party en Grande-Bretagne?» Toujours est-il que les Américains ont de plus en plus de mal à comprendre cette Europe où resurgissent «antisémitisme et antiaméricanisme». Tandis que celle-ci voit les États-Unis comme «l'empire du Mal» et les Américains comme d'«insupportables philistins, impérialistes, menaçants et convaincus que le monde leur appartient».


Cette vision caricaturale n'est pas du goût du Christian Science Monitor. Un «océan de différences sépare les deux rives de l'Atlantique» que le quotidien de Boston tente de décrire: «Alors que les attentats contre New York et Washington ont bouleversé la vision américaine du monde, George Bush trouve des Européens moins traumatisés et plus dubitatifs sur l'intérêt de sa guerre contre le terrorisme [...]. Ils voient la destruction du World Trade Center comme une version plus sombre d'un spectacle qu'ils connaissent déjà. La plupart d'entre eux savent que le terrorisme est un problème difficile, mais ne pensent pas qu'un état de guerre soit justifié pour le combattre.» Cette différence abyssale de perception «complique la tâche de M. Bush, surtout lorsqu'il s'agit de rallier les Européens à sa croisade anti-Saddam».


«Écouter, pas prêcher»


Le Chicago Tribune explique «la rapidité avec laquelle l'administration a perdu le soutien européen après le 11 septembre» par «la façon dont George Bush a élargi la guerre contre le terrorisme aux pays de son "axe du Mal" et son soutien inconditionnel à Israël». S'y ajoute «sa décision de trahir ses convictions libre-échangistes en taxant l'acier importé et en accordant d'énormes subventions aux agriculteurs américains», ce qui a ruiné sa crédibilité et redonné aux Européens «l'occasion de gloser sur un George Bush naïf et arrogant».


C'est d'autant plus dommageable pour le Washington Post que «nous avons besoin de nos alliés»: «En matière d'espionnage, la CIA n'est qu'à moitié compétente et le FBI nul.» Les seuls atouts américains sont «la technologie, qui permet d'écouter et de voir partout dans le monde, l'argent et un réseau allié dans le monde entier. L'Amérique a peut-être une génération militaire d'avance, mais son arsenal ne lui donne pas d'avantage décisif en matière d'espionnage». En clair, «en Europe, Bush a tout intérêt à écouter ses alliés, pas à prêcher».