Sitôt élu président d'une Colombie aux prises avec la guérilla - Alvaro Uribe appelle à une médiation de l'ONU

Bogota — L'appel à une médiation de l'ONU par Alvaro Uribe traduit l'intention du président élu de droite d'utiliser d'abord le dialogue, et pas seulement la voie armée, pour trouver une issue au conflit colombien.

Sans même attendre sa prise de fonctions le 7 août pour succéder à Andrés Pastrana, le triomphal vainqueur de l'élection dimanche avec 53 % des voix, a annoncé dès hier avoir demandé un rendez-vous avec le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, pour entamer un dialogue aussi bien avec la guérilla qu'avec les paramilitaires.


Un verdict, sans précédent, lui a donné à l'évidence un atout majeur pour offrir aux rebelles une dernière chance de négocier avant tout recours à la force.


Réputé pour être un homme à poigne, Alvaro Uribe n'a jamais caché, durant la campagne, son intention de combattre les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, marxistes), principale guérilla avec 17 000 hommes. L'un de leurs commandos avait tué son père, Alberto, en 1983.


La guerre civile dans le pays andin a déjà fait plus de 200 000 morts depuis 1964, avec une moyenne de 3000 enlèvements par an et plus de deux millions de déplacés par la violence.


Le président élu a également annoncé qu'il demanderait en outre aux États-Unis et à l'Union européenne de participer à un tel processus sous la conduite de l'ONU. Dès son élection, il avait appelé à la «réconciliation» des 42 millions de Colombiens.





Conditions


Comme conditions pour une telle négociation, Alvaro Uribe a avancé l'exigence d'un «cessez-le-feu et d'un arrêt des hostilités» de la part des FARC et des paramilitaires des Autodéfenses unies de Colombie (AUC, extrême droite), dotés de 10 000 hommes.


Le président élu tente ainsi un double pari de taille. Les FARC n'ont jamais accepté ni un gel des combats, ni la présence des paramilitaires à la table des négociations, durant les trois années de dialogue de cette guérilla avec les émissaires d'Andrés Pastrana avant leur rupture le 20 février par le pouvoir.


Une semaine avant la présidentielle, les FARC avaient avancé leurs propres exigences pour la reprise du dialogue, avec notamment la démilitarisation des départements du Putumayo et du Caqueta, au sud-ouest du pays.


La superficie de ce territoire, de 117 000 km2, équivaut pratiquement à celle de l'Angleterre (130 000 km2).


L'autre inconnue concerne la participation éventuelle de Washington à un processus de paix. Les États-Unis s'y sont opposés jusqu'ici tant que les FARC, auteurs du massacre de trois coopérants américains en mars 1999 en Colombie, ne seraient pas condamnés par leurs pairs.


Par contre l'Union européenne (UE) a déjà accueilli favorablement hier l'appel de M. Uribe à une «médiation internationale» dans le conflit, par la voix de Chris Patten, commissaire européen aux Relations extérieures.


Quatre nations de l'UE — Espagne, France, Italie et Suède — avaient fait partie, aux côtés de six autres pays — Canada, Cuba, Mexique, Norvège, Suisse et Venezuela — du groupe des «dix pays amis» du processus de paix, avec l'envoyé spécial de l'ONU, James Lemoyne, avant la rupture du 20 février.





Espoirs


Les Colombiens espèrent qu'Alvaro Uribe apportera une solution radicale aux principaux fléaux que constituent la guerre civile, la pauvreté et la corruption.


Qualifiée de «phénomène politique» par la presse locale, l'élection dès le premier tour du candidat de la droite musclée va lui donner une large latitude d'action dans l'application de son programme dès sa prise de fonctions le 7 août pour remplacer le conservateur Andres Pastrana.


Ce vote en forme de plébiscite aux dépens du libéral Horacio Serpa (31,8 % des suffrages) illustre en priorité l'aspiration des 42 millions de Colombiens à tourner enfin la page d'un conflit intérieur qui a déjà fait plus de 200 000 morts depuis 1964.


«Je vais travailler, travailler et encore travailler», n'aura cessé de répéter pendant sa campagne l'ancien gouverneur de Medellin, connu pour son acharnement à avaler en chaîne les dossiers.


Le programme militariste d'Uribe se double d'un volet social ambitieux dans un pays dont 64 % de la population vivent dans la pauvreté, à partir d'une lutte cruciale contre la corruption.


Il a déjà prévu la suppression du Conseil de la magistrature, le gel des salaires pour les parlementaires et une révision de leur retraite, aujourd'hui de l'ordre de 7000 dollars mensuels quand le salaire minimum plafonne à 110 dollars.


Avec ces mesures d'austérité, à même de faire économiser plusieurs centaines de millions de dollars par an au pays, il compte faire «construire cent mille logements sociaux par an».


«La majorité des Colombiens se sont reconnus dans son programme», soulignait hier le quotidien libéral El Tiempo de Bogota dans son éditorial.