«Guerre de Sécession» à L.A.

Los Angeles — La «guerre de Sécession» a été déclarée à Los Angeles en ce mois de mai 2002. À la différence de celle du XIXe siècle, aujourd'hui c'est le nord de Los Angeles qui veut se séparer du sud: la vallée de San Fernando, 1,3 million d'habitants, ne veut plus faire partie de Los Angeles et souhaite créer une nouvelle ville. Cette sécession fera perdre à la mégalopole la moitié de sa population (l'ensemble de la région de Los Angeles comprend 14 millions d'habitants).

Libération


La commission locale (Local Agency Formation Commission) a donné son feu vert la semaine dernière pour que la sécession de la vallée soit soumise à un référendum au cours des élections générales, le 5 novembre prochain. C'est une première urbaine: jamais, aux États-Unis, un groupe d'habitants aussi important — l'équivalent d'une ville comme Phoenix ou San Diego — ne s'est ainsi détaché d'un bloc.


Le mouvement indépendantiste se développe depuis six ans dans cette vallée, séparée du reste de la ville par les collines de Hollywood. Plaine quasi désertique, la vallée n'a rejoint Los Angeles qu'en 1915, pour bénéficier de son système d'approvisionnement en eau. Aujourd'hui, c'est un paysage classique de gigantesque banlieue américaine étalée sur une centaine de kilomètres, avec des pavillons entourés de pelouses et des centres commerciaux. Le tout traversé par l'autoroute. Universal et Disney y ont construit leurs studios de cinéma quand les terrains étaient encore vides et moins chers qu'à Los Angeles.


En plein boom économique, la vallée a attiré une population jeune, aimant la vie de quartier et les activités communautaires typiques de la classe moyenne américaine. La vallée a ses aéroports (Van Nuys et Burbank), ses bonnes écoles, et maintenant ses restaurants très chics, italiens ou français, sur Ventura Boulevard. On peut ajouter au boom économique local, à l'ombre discrète des grands studios, la riche industrie du film X: la vallée est la capitale mondiale du porno, mais ne s'en vante pas.


Pour le mouvement sécessionniste Vote, faire partie de Los Angeles n'a que des inconvénients. «L'indépendance de la San Fernando Valley transformera une ville frustrée et amère en deux grandes villes géniales avec des gestions municipales plus proches de leurs habitants», explique Tom McClintock, élu républicain de la région (à l'assemblée de Californie). «Small is beautiful», disent les indépendantistes.


Moins d'impôts et, surtout, le rejet de la bureaucratie municipale de l'immense ville de Los Angeles sont les thèmes avancés par les partisans de l'indépendance — ils préfèrent ce terme à celui de sécession qui rappelle trop cruellement que ce fut une défaite pour les Sudistes.


La vallée, pratiquement blanche, dont 43 % de Latinos, est plus homogène que Los Angeles où coexistent de très grandes richesses (Beverly Hills) et des ghettos de pauvreté (South Central). D'où l'hostilité des leaders noirs de Los Angeles qui voient dans cette sécession un moyen de se débarrasser de la responsabilité et des problèmes des quartiers pauvres, noirs et hispaniques, du sud de la ville.





«Big is beautiful»


La bataille a commencé cette semaine, menée par le maire James Hahn qui répète, au contraire, que «Big is beautiful»: «Los Angeles est une ville formidable, il serait honteux de la couper en deux, dit-il. En réalité, cela coûtera plus cher en impôts à tout le monde, et la sécurité de la vallée ne sera plus assurée comme maintenant.»


Les anciens maires et anciens candidats à la mairie, les syndicats, les employés municipaux et les élus de la ville, les organisations noires, les milieux des affaires sont déterminés à faire échec à la sécession. La campagne «Los Angeles United» a déjà ramassé des centaines de milliers de dollars. La vallée — qui n'a toujours pas trouvé de nom pour la future ville — doit convaincre une majorité d'électeurs dans la vallée, mais aussi dans le reste de Los Angeles pour conquérir son indépendance au mois de novembre.


Et le nouveau maire doit également affronter le mouvement d'indépendance d'une autre partie de sa ville, moins importante économiquement mais plus connue: Hollywood — ses fameuses collines, son signe célèbre dans le monde entier — veut aussi s'émanciper de Los Angeles. Et soumettre au référendum de novembre la création de la nouvelle ville de Hollywood. Si le «oui» l'emporte aux élections, Los Angeles ne sera plus la deuxième ville des États-Unis, derrière New York.