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Côte d'Ivoire - «Je suis xénophobe, ya quoi?»

Le président ivoirien Laurent Gbagbo a réaffirmé hier qu'il ne démissionnera pas, pour ne pas livrer la Côte d'Ivoire à la guerre civile. La Côte d'Ivoire est confrontée depuis le 19 septembre à une crise politico-militaire. Les mouvements rebelles qui occupent la moitié du pays réclamaient la démission du chef de l'État. Un accord signé le 24 janvier en France maintient le président Gbagbo au pouvoir en échange d'importantes délégations de ses pouvoirs au profit d'un gouvernement d'union. Portrait des plus radicaux parmi ses partisans.

Abidjan — Sur les t-shirts qu'ils distribuent, sur les pancartes qu'ils brandissent lors des manifestations, ils revendiquent la haine: «Je suis xénophobe, ya quoi (et alors)?», «Mouvement des xénophobes radicaux». Leur philosophie est essentiellement anti: antiétrangers d'une manière générale, antiburkinabés surtout, antifrançais chaque jour un peu plus, anti-Ouattara (le dirigeant du Rassemblement des républicains, principal parti d'opposition), antinégociations... Ils sont le fer de lance du régime, ce sont eux qui se sont précipités lors de l'appel à la mobilisation générale du gouvernement en décembre, provoquant dans les ambassades un mouvement de panique.

L'ancien ambassadeur de France les avait qualifiés, peu diplomatiquement, de «petits fascistes».

Arpentant les rues par milliers, ils incarnent bruyamment «les Ivoiriens», ou encore «le peuple souverain», mécontents des accords de Marcoussis. Parmi eux se trouvent beaucoup de jeunes des quartiers pauvres d'Abidjan. Ce n'est pas un hasard si Yopougon, un fief du Front populaire ivoirien, parti de Laurent Gbagbo, fut l'une des premières communes à bouger. L'engagement se conjugue avec l'opportunisme. En pillant les boutiques et les domiciles des Français et des Burkinabés, on réalise les objectifs politiques et, éventuellement, un profit. Selon Charles Blé Goudé, général de la jeunesse, ces pillards sont des «infiltrés».

Blé Goudé et quelques autres leaders connus jouent un rôle clé dans l'organisation et l'animation de l'Alliance de la jeunesse, fondée au début des troubles. La plupart sont d'ethnie bété, comme le chef de l'État. Ce sont eux qui mobilisent les troupes et les canalisent vers les principaux objectifs, camp militaire français ou ambassade.

Dominique de Villepin les a qualifiés d'extrémistes. Ils élaborent la rhétorique et les slogans: «À chacun son Français» connaît une fortune particulière, il a résonné désagréablement aux oreilles des ressortissants menacés, il a été repris hier matin devant l'ambassade des États-Unis, où se tenait un grand meeting pour demander le soutien américain contre «la France qui offre la Côte d'Ivoire à Ouattara et aux rebelles», comme l'affirment les quotidiens proches du pouvoir.

Attaque terroriste

Autre soutien indéfectible de Laurent Gbagbo, les médias d'État, purgés au début de la crise, suivent la ligne dure. Qualifiée d'attaque terroriste, sans cesse ramenée à l'intervention de pays étrangers, la crise est niée dans une dimension ivoiro-ivoirienne, sinon pour fustiger Ouattara. Virulente, la radio n'hésite pas à diffuser, par l'entremise des interventions de partisans excités, des appels aux meurtres. Quant à la télévision, elle a suggéré, au début de la guerre, l'expulsion pure et simple de 500 000 Burkinabés.

Les radios étrangères n'émettent plus en FM depuis septembre dans les zones gouvernementales.

Après l'annonce des résultats des accords de Marcoussis vendredi, Charles Blé Goudé contenait sa colère: «Nous attendons la parole du président», furent alors les mots de ce disciple inconditionnel. Le lendemain soir, les premières marches commençaient, le 43e bataillon d'infanterie de marine était attaqué. «Je ne vous trahirai jamais», leur a lancé Laurent Gbagbo, qui les a reçus dimanche, ajoutant que si la situation devenait intenable, alors il démissionnerait.

Dans la manifestation de mercredi devant l'ambassade des États-Unis, sont apparus aussi des «gens en costume». Fonctionnaires, professeurs, petits salariés et planteurs de la boucle du cacao du pays bété constituent l'essentiel de la base du FPI. Aux élections de 2000, dont le RDR et le Parti démocratique de Côte d'Ivoire d'Henri Konan Bédié avaient été exclus, Gbagbo, qui se présentait contre le chef de la junte, avait obtenu officiellement un million de voix sur un corps électoral potentiel de plus de cinq millions d'électeurs, dans un pays de 15 millions d'habitants. Reste à savoir si le FPI est aussi soudé que par le passé.

Louis Dacourey Tabley, représentant du principal mouvement rebelle, fut aussi l'un des fondateurs de ce parti.