L'Inde s'impatiente

Islamabad/New Dehli — Rhétorique musclée pour l'une, démonstration de force pour l'autre — l'Inde et le Pakistan n'ont pas désarmé hier sur la question du Cachemire tout en laissant, sous d'intenses pressions internationales, la porte ouverte à une solution diplomatique.

Le Pakistan a procédé à son deuxième test de missile en deux jours mais à Islamabad, un porte-parole du gouvernement a annoncé que le président général Pervez Musharraf prononcerait aujourd'hui un discours à la Nation, dont on espère qu'il visera à apaiser les tensions.


Le premier ministre indien Atal Behari Vajpayee a signalé quant à lui que «la patience de l'Inde a des limites», lors d'une allocution télévisée, devant les violences imputées aux groupes extrémistes cachemiris. «Comment pouvons-nous tolérer des actes terroristes dans notre pays et pendant combien de temps?» s'est-il interrogé.


Selon lui, l'Inde aurait dû riposter le jour même où, à la mi-décembre, le Parlement avait été l'objet d'une attaque d'un commando, qui avait fait une quinzaine de morts. Depuis cette date, l'Inde et le Pakistan ont massé un million de soldats de part et d'autre de leur ligne de partage au Cachemire, où des incidents frontaliers sont régulièrement rapportés. Mais Atal Behari Vajpayee a également indiqué que les efforts se poursuivaient: «Nous allons voir dans quelle mesure ils porteront leurs fruits», a-t-il dit.


Pour un expert indien, la rhétorique belliqueuse de New Delhi va se poursuivre. «C'est le bruit de fond, cela va continuer», estime C. Rajamohan, spécialiste des questions militaires. «Mais nous nous sommes déplacés sur le terrain diplomatique. C'est là que ça se passe désormais.»


De Saint-Pétersbourg où il achevait hier sa visite en Russie, le président américain George Bush a nouveau invité les deux puissances nucléaires rivales d'Asie du Sud à faire preuve de retenue.


Il a également émis de «grandes réserves» concernant les tests de missiles pakistanais.


Moscou et Washington ont demandé l'arrêt de ces essais dès le premier, samedi, qui concernait un missile de moyenne portée «Ghauri» (1500 km).


Hier, c'est un autre missile balistique de courte portée (290 km) qui a été lancé avec succès. Il a été baptisé «Ghaznavi», du nom d'un conquérant afghan, le sultan Mahmoud Ghaznavi, qui envahit le sous-continent indien au XIe siècle.


Ces tests doivent se poursuivre jusqu'à demain. Ce sont officiellement des essais de «routine», mais sont évidemment «une démonstration de force» pour Najam Sethi, rédacteur en chef du journal pakistanais Friday Times.


«L'Inde a massé de nombreuses troupes à la frontière et a réussi à créer une impression de puissance. Je pense qu'on essaie là de contrer cette image», analyse-t-il.


L'Inde et le Pakistan se sont déjà livré deux guerres à propos du Cachemire depuis l'indépendance en 1947.