Élection présidentielle colombienne - Uribe, en un tour de main

Alvaro Uribe
Photo: Agence Reuters Alvaro Uribe

Bogota — Partisan d'un combat frontal contre la guérilla, Alvaro Uribe (droite) l'a facilement emporté hier au premier tour de l'élection présidentielle en Colombie.

Tard hier soir, sur plus de 90 % des suffrages exprimés, il maintenait la majorité absolue avec 54 % des voix, lui évitant ainsi un deuxième tour.


En cas de ballotage, le second tour aurait opposé les deux premiers candidats en nombre de voix le 16 juin. La transmission de pouvoirs est prévue le 7 août.


Ce scrutin aura été marqué par l'absence de la candidate des Verts, Ingrid Betancourt, toujours otage des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, marxistes) après son enlèvement le 23 février. La Colombie détient le record du monde des enlèvements, avec une moyenne de 3000 par an.


Connu pour sa fermeté, Uribe, 49 ans, est prêt à déclencher une guerre totale contre les FARC, principale guérilla du pays avec 17 000 hommes, à l'origine d'une guerre civile de 38 ans qui a fait plus de 200 000 morts.


Son père, Alberto, a été tué par un commando des FARC en 1983. Lui-même a été victime de quinze tentatives d'attentat dans les sept derniers mois, selon ses propres dénonciations.


Austère, dépourvu d'humour, voire ascétique, Alvaro Uribe est l'antithèse du Colombien moyen.


Accusé de bellicisme par son principal adversaire du Parti libéral, Horacio Serpa, 59 ans, Uribe a fait mouche dans l'opinion publique.


Présenté au départ comme un novice qui n'arriverait pas à maturité avant la présidentielle de 2006, il est peu à peu devenu le grandissime favori de l'élection d'hier.


Uribe a fait campagne sans le soutien du Parti libéral, dont il fut longtemps membre. Ses thèses prônant le retour de l'ordre et du libre marché ont séduit bon nombre de Colombiens aisés.


Plutôt réservé et mal à l'aise avec les journalistes, Uribe a rassemblé les espoirs des Colombiens autour de son nom sans avoir recours à de grands discours ni à une rhétorique populiste. À la télévision, il s'est parfois contenté de répondre par des formules simples et efficaces telles que: «Travail, travail, travail.»


Amateur de chevaux, adepte du yoga, père de deux enfants, Uribe offre une image lisse qui se couvre d'aspérités si l'on s'enquiert de son passé.


On apprend par exemple sa longue amitié avec le clan Ochoa, membres du fameux cartel de Medellin de Pablo Escobar aujourd'hui démantelé. Uribe assure qu'il a coupé tout contact avec eux lorsqu'il s'est aperçu qu'ils faisaient du trafic du drogue.