Investissement d'au moins quatre millions - Un musée renouvelé de l'Holocauste à Montréal

Après Israël et New York, Montréal abrite le plus grand nombre de survivants de la Shoah. Il y a une dizaine d'années, une enquête en avait dénombré environ 10 000, soit un membre de la communauté juive montréalaise sur dix, et même une personne âgées sur trois. Les survivants montréalais sont maintenant entre 5000 et 8000 selon les estimations.

Le Musée du Centre commémoratif de l'Holocauste de Montréal (MCCHM) a été inauguré en 1979. Hier, des dizaines de personnes se sont réunies dans le quartier Côte-des-Neiges pour le dévoilement de certains aspects du projet d'agrandissement en cours.


La réouverture de l'établissement est prévue pour l'automne. Il sera alors déployé sur deux étages totalisant environ 5000 pieds carrés. Avant la rénovation, dans sa forme beaucoup plus petite, l'établissement recevait déjà entre 70 000 et 90 000 visiteurs par année.


«Nous sommes déjà le plus grand musée du genre au Canada et nous voulons maintenant en faire un musée de classe mondiale», explique Ann Ungar, directrice générale de l'établissement depuis sept mois, elle-même enfant de rescapés d'origine roumaine. Berlin a inauguré l'an dernier un vaste complexe consacré à la destruction des juifs d'Europe par les nazis. Il en existe d'autres en Israël et aux États-Unis, notamment à Washington.





Investissement


La réalisation du «nouveau» musée montréalais va coûter entre quatre millions et 4,5 millions. Québec en fournit un peu moins du quart (910 000 $), comme l'a annoncé la ministre de la Culture hier, dont 150 000 $ pour le renouvellement de la collection permanente. Le MCCHM est accrédité par le ministère depuis l'an dernier.


La majorité des fonds provient donc de donateurs privés, gage de l'intérêt porté par la communauté et la ville à ce projet. Une campagne de financement, toujours active, a déjà permis d'acquérir environ 80 % des fonds nécessaires.


Une autre campagne, lancée il y seulement deux mois, vise a recueillir de nouveaux objets pour la collection permanente qui en compte déjà environ 6000 (étoiles jaunes, poupées d'enfant, habit de prisonnier, Reisepass du Reich...). Les conservateurs sollicitent des dons d'objets ayant un lien avec la Shoah, la Deuxième Guerre mondiale mais aussi la vie des communautés juives en Europe ou en Afrique du Nord entre 1850 et 1939 et la vie des survivants et de leurs familles après 1945, jusqu'au Canada. On recherche par exemple des documents officiels, des photographies et des articles personnels.


Sara Schichter a légué quelque chose. Elle a raconté brièvement sa propre tragédie, hier matin, devant quelques dizaines de personnes. Sa mère a été arrêtée en Belgique, en 1944, par des soldats allemands, puis déportée à Auschwitz. Cinq membres de sa famille, dont son père et ses deux frères, trouvèrent refuge chez une voisine, une Juste, qui les cacha jusqu'à la fin de la guerre. Ils émigrèrent ensuite au Canada. Pendant son voyage transcontinental vers la mort, la mère de Sara avait trouvé le moyen de griffonner un mot d'adieu et de le jeter hors du train. Récupéré par un passant généreux, le mot fut remis à la famille, transporté à Montréal et finalement déposé au musée. «Voilà mon histoire, a dit la dame septuagénaire. Six millions n'ont pu raconter la leur.»