Zimbabwe : une observatrice dénonce des manipulations d'urnes

Un policier surveillait dimanche des urnes à Harare.
Photo: Agence Reuters Un policier surveillait dimanche des urnes à Harare.

Une députée de l'opposition sud-africaine, dépêchée au Zimbabwe pour observer le nouveau décompte partiel des suffrages du 29 mars dans le cadre d'une mission régionale, a indiqué hier à son retour avoir relevé des preuves de manipulations des urnes.

«D'après ce que j'ai vu ces trois derniers jours au Zimbabwe, il est clair que le processus de nouveau comptage est intrinsèquement faussé», a déclaré Dianne Kohler-Barnard, de l'Alliance démocratique (DA), dans un communiqué. «Sur un certain nombre d'urnes, les deux scellés avaient été cassés. Dans une série d'urnes, des bulletins de vote pour la présidentielle manquaient, alors que tous les autres bulletins étaient à l'intérieur», a-t-elle noté.

«Des scellés à l'abandon avaient les mêmes numéros de série que d'autres scellés apposés sur des urnes [...]. Tous ces problèmes prouvent que les urnes ont été manipulées, ce qui rend l'exercice du recompte complètement futile», a-t-elle ajouté.

Trois semaines après les élections générales du 29 mars, la commission électorale a entamé samedi un nouveau décompte des suffrages dans 23 des 210 circonscriptions du pays.

La Communauté de développement d'Afrique australe (SADC), bloc régional de 14 pays, a envoyé des représentants des gouvernements, de l'opposition et de la société civile pour surveiller le processus qui, selon l'opposition, vise à renverser le résultat des législatives.

Officiellement, le parti du président Robert Mugabe a perdu sa majorité à la chambre des députés avec 97 sièges sur 210. Mais 21 des 23 circonscriptions qui font l'objet d'un nouveau décompte, ont été remportées par l'opposition.

Le résultat de la présidentielle n'a pour sa part toujours pas été rendu public.

Pour sa part, le chef de la diplomatie britannique, David Miliband, a déclaré hier que Robert Mugabe tente de détourner à son profit les suffrages exprimés à l'élection présidentielle et de déclencher la violence contre ceux qui n'ont pas voté pour lui.

Le secrétaire au Foreign Office a exhorté les dirigeants africains à contribuer plus activement au règlement de la crise politique du Zimbabwe, faisant valoir que la légitimité démocratique de tout le continent était en jeu.

«La crise constitutionnelle du Zimbabwe se poursuit, le président Mugabe persistant à vouloir faire main basse sur l'élection», a-t-il dit aux Communes. Ces critiques sont les plus directes de Londres depuis le scrutin du 29 mars.

«Le président Mugabe et [...] la Zanu-PF ont déclenché une campagne de violence contre 60 %

des Zimbabwéens, qui ont voté contre lui envers et contre tout», a dit Miliband.

Personne, a-t-il dit, ne peut se fier au nouveau décompte partiel en cours. «On n'en soupçonne que davantage le président Mugabe de chercher à annuler les résultats publiés. Si tel est le cas, nous assistons à une parodie de démocratie.»

L'opposition zimbabwéenne a dénoncé hier une justice à deux vitesses au moment où une trentaine de ses partisans comparaissaient devant la justice à Harare, tandis que le gouvernement niait s'être lancé dans une vague de répression après les élections du 29 mars.

Les opposants, arrêtés la semaine dernière lors d'une grève générale pour exiger le résultat de l'élection présidentielle, étaient déférés devant le tribunal de Harare pour des chefs d'accusation allant de violences publiques à obstruction de la circulation. Parmi eux se trouvait un journaliste zimbabwéen indépendant, Frank Chikowore, arrêté mardi dernier.

Le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) affirme que 10 de ses membres ont été tués depuis le 29 mars par des milices pro-gouvernementales, et accuse le régime du président Robert Mugabe d'avoir déclenché une guerre contre ses opposants après le choc de sa première défaite électorale en 28 années de pouvoir. Des accusations étayées par des ONG et des diplomates occidentaux.