Irak - Moqtada al-Sadr prêt à la révolte

Un jeune garçon passe devant le pare-brise d’une voiture qui a éclaté après une attaque aérienne menée hier à Bagdad.
Photo: Agence Reuters Un jeune garçon passe devant le pare-brise d’une voiture qui a éclaté après une attaque aérienne menée hier à Bagdad.

Bagdad — La secrétaire d'État américaine, Condoleezza Rice, a salué hier à Bagdad les progrès vers l'unité réalisés par le pouvoir irakien, en dépit d'une menace de «guerre ouverte» lancée par le chef chiite radical Moqtada al-Sadr.

Au cours d'une visite-surprise à Bagdad, Mme Rice a estimé «que l'Irak traversait une période propice, dont il fallait remercier le premier ministre [Nouri al-Maliki] et le pouvoir irakien uni». «Jamais les sunnites, les responsables kurdes, et ceux des chiites qui n'ont pas de lien avec les "groupes spéciaux" n'ont aussi bien travaillé ensemble», a-t-elle assuré, pendant que des roquettes frappaient la «Zone verte», l'enclave gouvernementale fortifiée de Bagdad.

Mme Rice s'en est vivement prise à l'imam radical chiite, qui a menacé samedi le gouvernement d'une «guerre ouverte» s'il ne mettait pas un terme à la campagne de répression de ses partisans. «Il vit toujours en Iran. Je suppose que si la guerre est ouverte, ce n'est certainement pas pour lui», a déclaré Rice aux journalistes qui l'accompagnaient lors de sa visite à Bagdad.

«Ses partisans peuvent bien aller à la mort, lui reste en Iran», a-t-elle ajouté. Sadr a répliqué par voie de communiqué et condamné la présence de Rice en Irak. Le gouvernement, affirme-t-il, ne devrait pas accepter la présence de tels «occupants terroristes dans notre pays pur».

La perspective d'un soulèvement à grande échelle des forces de Sadr alourdit les enjeux de son bras de fer avec le premier ministre, Nouri al-Maliki, qui a menacé de mettre le mouvement de l'imam au ban de la vie politique s'il ne démantèle pas sa milice de l'Armée du Mahdi.

La mobilisation contre le gouvernement des miliciens — qui sont plusieurs dizaines de milliers — pourrait mettre fin à une période de relatif recul des violences alors même que les forces américaines procèdent à un retrait partiel de leurs effectifs.

«Je lance mon dernier avertissement et mon dernier mot au gouvernement irakien: soit il revient à la raison et prend le chemin de la paix [...], soit il subira le même sort que le précédent gouvernement», a déclaré Sadr dans un communiqué diffusé samedi soir, faisant référence au régime déchu de Saddam Hussein sans fournir de précisions. Il a ajouté: «S'ils ne reviennent pas à la raison et ne réduisent pas l'infiltration des miliciens, nous allons déclarer une guerre ouverte jusqu'à la libération.»

Le mouvement de Sadr accuse d'autres groupes chiites d'infiltrer, avec leurs miliciens, les forces de sécurité irakiennes, notamment dans le sud de l'Irak, où plusieurs factions sont en concurrence pour le contrôle d'une région d'où vient le gros de la production de pétrole.

La menace de Sadr tombe particulièrement mal pour le gouvernement irakien. Vendredi, les forces américaines ont dit disposer d'informations selon lesquelles al-Qaïda, chassée de Bagdad et de l'ouest de l'Irak l'an dernier, préparait un retour dans la capitale où elle prévoirait de mener des attentats à la bombe de grande ampleur.

Le chef d'al-Qaïda en Irak a appelé à la multiplication des attaques contre les forces américaines au cours du mois à venir, a indiqué un organisme de surveillance des activités terroristes, l'institut SITE, basé aux États-Unis.

L'appel à la mobilisation d'al-Qaïda rendu public samedi était contenu dans un enregistrement audio d'une heure où s'exprime Abou Hamza al Mouhadjir, qui a demandé aux activistes du groupe sunnite de «célébrer» l'annonce récente du chiffre de plus de 4000 soldats américains tués en Irak.

Sur le terrain, les forces gouvernementales, appuyées par les bombardements de l'aviation américaine et de l'artillerie britannique, n'ont guère rencontré de résistance samedi en s'emparant d'un bastion sadriste à Bassora, la grande ville du Sud chiite. Mais les combats entre les miliciens et le gouvernement à Sadr City, dans l'est de la capitale, ont fait des centaines de morts depuis la fin du mois dernier.

Le colonel Steven Stover, porte-parole de l'armée américaine, a fait état d'une série de fusillades et de frappes aériennes menées dans ce quartier, fief des miliciens de l'Armée du Mahdi, au cours desquelles vingt combattants ont trouvé la mort. «Je dirais que ça a été la nuit la plus chaude depuis quelques semaines», a-t-il dit. «Je crois que depuis hier soir, la violence est montée d'un cran.»