Désarmement nucléaire - Bush et Poutine signent un traité

Moscou — Vladimir Poutine et George W. Bush ont signé hier à Moscou un accord de désarmement qui réduira leurs arsenaux des deux tiers jusqu'en 2012, affirmant ouvrir une «nouvelle ère» dans leurs relations, mais les deux présidents n'ont pu que constater leur désaccord sur l'Iran.

«Ce traité liquide l'héritage de la guerre froide et de l'hostilité nucléaire entre nos pays», a souligné George Bush alors que Vladimir Poutine qualifiait l'accord de «pas en avant» pour assurer la sécurité internationale, même s'il permet le stockage des ogives désactivées auquel les Russes étaient opposés au départ. Signé par les deux présidents, cet accord ramènera les arsenaux nucléaires de chaque pays dans une fourchette comprise entre 1700 et 2200 ogives, contre 6000 actuellement.


«Je suis convaincu que cela crée des conditions pour une coopération [...] que nous n'avons jamais eue auparavant entre nos deux pays», a commenté M. Bush.


«Aujourd'hui, nous sommes parvenus à un partenariat d'une qualité absolument nouvelle», a déclaré pour sa part Vladimir Poutine.


Ce traité de trois pages, qui s'écarte résolument des volumineux accords de désarmement antérieurs, a été accompagné de plusieurs autres déclarations conjointes dont l'une sur un «nouveau partenariat stratégique». Celle-ci esquisse un début de coopération bilatérale en matière de défense antimissile, un dossier qui continue à préoccuper Moscou quant aux intentions américaines.


Les autres documents signés évoquent le développement des relations économiques, le nouveau dialogue sur l'énergie, la coopération antiterroriste, les relations et les échanges entre les ressortissants des deux pays et la situation au Proche-Orient.


Au cours d'une conférence de presse conjointe, les deux présidents se sont félicités des progrès apportés par le traité à la paix mondiale.


Mais ils ont aussi montré les limites de la nouvelle alliance américano-russe en affichant des positions très tranchées sur l'Iran et les risques de prolifération nucléaire que fait courir la coopération engagée dans ce domaine par la Russie avec Téhéran.





«Inquiétudes» et «assurances»


M. Bush s'en est déclaré «inquiet» —, affirmant que des armes nucléaires aux mains des mollahs iraniens «risquaient d'être dangereuses pour nous mais aussi pour la Russie». Il a affirmé avoir reçu des «assurances» de M. Poutine à ce sujet.


Mais le président russe a balayé les objections américaines en affirmant que la coopération russe dans le domaine du nucléaire civil «ne sapait pas le processus de non prolifération» et qu'elle avait un «caractère purement économique». «Les programmes de [mise au point] de missiles en Iran et dans d'autres pays se fondent sur les technologies de firmes occidentales», a-t-il révélé.


Un haut responsable américain a laissé entendre un peu plus tard que les propos de Poutine répondaient à des considérations politiques intérieures et que le président russe s'était en privé montré beaucoup plus «compréhensif» devant les objections américaines.


Hier encore, le secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, a déclaré que l'Iran est en voie d'acquérir des armes nucléaires dans le cadre de ses efforts manifestes pour développer son secteur d'armes de destruction massive .


MM. Poutine et Bush se sont aussi expliqués sur les problèmes en suspens.


Le président américain s'est déclaré favorable à la levée d'une loi américaine remontant à l'époque de la guerre froide, l'amendement Jackson-Vanik qui entrave le commerce bilatéral.


Il a renouvelé son soutien a la candidature de la Russie à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et a confirmé à M. Poutine que Washington se prononcerait d'ici le 14 juin sur l'octroi à la Russie du statut d'économie de marché, qui permettrait d'accélérer ses échanges commerciaux vers les États-Unis.


M. Bush a, par contre, évité de parler, en public devant M. Poutine, des sujets qui fâchent comme la Tchétchénie, gardant ses remarques pour une rencontre avec des représentants de la «société civile».


Il a affirmé que les opérations alliées en Afghanistan constituaient une leçon pour la Tchétchénie en montrant qu'il était possible «de combattre la terreur, tout en respectant les droits de l'homme».