Léger répit indo-pakistanais

New Delhi, Islamabad — Les craintes d'une nouvelle guerre imminente entre l'Inde et le Pakistan au sujet du Cachemire semblaient s'être momentanément dissipées hier, mais la diplomatie à l'oeuvre dans la région demeurait sur le qui-vive.

Le premier ministre indien, Atal Behari Vajpayee, après avoir calmé le jeu la veille par rapport à ses déclarations belliqueuses du début de semaine, s'est octroyé hier une pause de trois jours à Manali, au Cachemire — un signe interprété comme la preuve d'un répit. Même les marchés boursiers des deux pays semblaient confiants hier.


Mais les tensions ne sont toutefois pas complètement dissipées. Les échanges de tirs se sont en effet poursuivis entre les armées de New Delhi et d'Islamabad à travers la ligne de cessez-le-feu qui sépare la partie pakistanaise du Cachemire du Jammu-et-Cachemire, seul État indien à majorité musulmane.


Dans cette région himalayenne contestée, à l'origine de deux des trois guerres indo-pakistanaises depuis l'indépendance et la partition de l'ex-colonie britannique, en 1947, les deux parties ont fait état de trois nouveaux morts — deux du côté pakistanais, un civil du côté indien. Selon des responsables pakistanais, plusieurs milliers de villageois ont dû fuir leur domicile.


«Je crois que l'Inde n'est pas loin de perdre patience», a prévenu hier le commissaire européen aux Relations extérieures, Chris Patten, au cours de sa visite dans le sous-continent indien, où il tente de désamorcer la nouvelle crise entre les deux puissances nucléaires rivales.


Patten est le premier d'une série de diplomates qui doivent se rendre dans la région dans les prochains jours. Le ministre britannique des Affaires étrangères, Jack Straw, est attendu la semaine prochaine, avant que le secrétaire d'État américain adjoint, Richard Armitage, n'y arrive le 4 juin.





Musharraf sous pression


Patten a exhorté le président pakistanais, Pervez Musharraf, à prendre des mesure concrètes pour réprimer les activistes islamistes que New Delhi accuse de perpétrer des attaques en Inde en utilisant le Pakistan comme base arrière. Sans quoi, a-t-il précisé, «l'avenir se présente plutôt mal».


«[La situation] est très dangereuse, mais j'espère que les deux parties réaliseront qu'elles atteignent un seuil critique. Et nous allons leur faire faire un pas en arrière», a déclaré pour sa part le secrétaire d'État américain, Colin Powell.


Cette nouvelle crise fait suite à une attaque qui a fait 31 morts la semaine dernière dans une base militaire indienne au Cachemire. New Delhi attribue cette attaque, tout comme un attentat meurtrier en décembre contre le parlement indien, à des groupes séparatistes cachemiris qui agissent à partir du Pakistan avec sa bénédiction — ce qu'Islamabad dément.


Musharraf a assuré dans un entretien à la BBC qu'il ne souhaitait pas le déclenchement d'une guerre.


Le quotidien indien Hindustani Times rapportait par ailleurs hier que New Delhi aurait décidé de concéder à son voisin un délai de deux mois pour prouver que les Pakistanais sont déterminés à réprimer les activistes islamistes. Mais Patten a fait savoir à l'issue d'une rencontre avec plusieurs dirigeants indiens, dont le ministre des Affaires étrangères Jaswant Singh, que l'Inde démentait cette information.


Dans ce contexte très tendu, avec plus d'un million de militaires massés depuis décembre de part et d'autre de leur frontière commune, les deux pays ont fait savoir hier que le Pakistan effectuerait d'aujourd'hui à mardi des tests balistiques, sans, officiellement, que cela ait un lien quelconque avec la crise en cours.