Défaillances avant le 11 septembre - Le FBI ouvre une enquête interne

Washington —- Le FBI, sur la sellette après des révélations sur ses défaillances avant le 11 septembre, a ouvert une enquête interne sur certains de ses responsables soupçonnés d'avoir entravé l'enquête sur Zacarias Moussaoui, un Français inculpé de complot terroriste aux États-Unis.

Cette nouvelle affaire vient s'ajouter à la controverse créée par un mémorandum rédigé en juillet 2001 par un agent d'une antenne du FBI à Phoenix (Arizona) qui établissait déjà un lien entre des élèves pilotes et un groupe islamiste.


La polémique cette fois a été déclenchée par une lettre d'une douzaine de pages rédigée par Colleen Rowley, responsable du FBI à Minneapolis, dans le Minnesota, où Moussaoui avait été arrêté le 16 août.


Selon la presse américaine, ce texte, adressé mercredi au directeur du FBI Robert Mueller et à plusieurs membres du Congrès, est accablant pour la police fédérale. M. Mueller, ainsi que le chef de la CIA George Tenet, doivent être entendus au Congrès durant la dernière semaine de juin. «La lettre [...] n'est pas seulement grave pour son contenu relatif à Moussaoui mais aussi parce qu'elle aborde le thème de la culture qui prévaut au sein de nos agences du renseignement», a déclaré hier le sénateur démocrate Bob Graham, qui dirige la commission sénatoriale du renseignement. Il a cependant estimé qu'il était «prématuré» de conclure à une obstruction de l'enquête par des responsables du FBI.


Le document contraste pourtant singulièrement avec les propos des dirigeants du FBI selon lesquels la police fédérale n'avait rien à se reprocher durant la période précédant le 11 septembre, notamment concernant l'enquête autour des activités de Moussaoui.


Rowley, à l'inverse, accuse le quartier général du FBI d'avoir entravé l'enquête sur Zacarias Moussaoui en ne prenant pas suffisamment au sérieux les informations de Minneapolis, selon le Washington Post d'hier. Elle évoque des preuves réunies dans l'affaire Moussaoui qui, combinées avec une mise en garde en date du 10 juillet évoquant l'éventualité que des terroristes présumés puissent suivre des stages de pilotage en Arizona, auraient dû éveiller de forts soupçons dans les quartiers généraux du FBI. Mais le FBI à Washington n'aurait pas réagi, refusant même d'accorder au FBI à Minneapolis la possibilité de fouiller l'ordinateur de Moussaoui.


Dans un souci apparent de calmer la polémique, M. Mueller a demandé jeudi soir l'ouverture d'une enquête interne. Sans commenter le contenu de la lettre, il s'est déclaré «convaincu qu'une nouvelle approche est requise» au sein du FBI. «De nouvelles stratégies, de nouvelles technologies, de nouvelles capacités analytiques et une culture différente font de nous une agence en mutation depuis le 11 septembre», a fait valoir le directeur du FBI.


Zacarias Moussaoui, 33 ans, un Français d'origine marocaine, a été arrêté le 16 août, soit avant les attentats du 11 septembre, alors qu'il apprenait à piloter dans le Minnesota. Les enquêteurs pensent qu'il aurait dû être le 20e pirate de l'air à bord des avions utilisés dans les attaques.


Il est inculpé de six chefs d'accusation, dont quatre sont passibles de la peine de mort: complot visant à commettre des actes internationaux de terrorisme, complot visant à commettre des actes de piratage à bord d'un avion, complot visant à détruire des avions, complot visant à utiliser des armes de destruction massive.


Autre sujet d'embarras pour le FBI: un de ses informateurs, Aukai Collins, affirme avoir commencé, il y a plus de trois ans, à fournir des renseignements sur l'un des terroristes ayant participé aux attentats du 11 septembre aux États-Unis, Hani Hanjour. Le FBI, qui en tout état de cause n'a pas empêché Hanjour d'agir, a démenti cette information.


Les directeurs de la CIA George Tenet et du FBI Robert Mueller ont été appelés à témoigner fin juin devant une commission parlementaire qui enquête sur les défaillances des autorités en liaison avec les attentats du 11 septembre, a-t-on appris hier de source parlementaire.


Cette audition sera précédée d'autres réunions, à huis clos, dont la première est prévue le 4 juin, a indiqué le sénateur démocrate Bob Graham. M. Graham, qui préside la commission d'enquête aux côtés du représentant républicain Porter Goss, a précisé que d'autres auditions se dérouleraient durant l'été et à l'automne.


Le Congrès a mis en place le 14 février dernier une commission d'enquête bicamérale afin d'enquêter sur les raisons pour lesquelles le FBI et la CIA n'ont pas pu empêcher les attentats du 11 septembre.