La Colombie s'apprête à élire un dur

Bogotá — Entre son yoga du matin et les prières du soir, cet acharné du travail ne lève guère son regard d'acier d'un dossier prioritaire: Alvaro Uribe veut diriger la Colombie pour mater la guérilla et faire la paix. Donné déjà comme vainqueur de l'élection présidentielle du 26 mai au premier tour par le dernier sondage de jeudi, avec 51 % des intentions de vote, ce docteur en droit de 49 ans a été marqué dans sa propre chair par la violence dans ce pays de 42 millions d'habitants, frappé par 38 ans de guerre civile.

Son père, Alberto, a été tué par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, marxistes) en 1983. Lui-même a été victime de quinze tentatives d'attentat dans les sept derniers mois, selon ses propres dénonciations.


Du sempiternel slogan de campagne de ce candidat de la droite, «main ferme et coeur grand», les Colombiens n'ont retenu que le premier mot d'ordre. Un ordre qu'il veut ramener pour mettre fin à la spirale de massacres, enlèvements et dynamitages, avec plus de 200 000 morts depuis 1964.


Son programme militariste en a fait la cible des FARC. Déclaré «objectif militaire» par cette guérilla, la première en nombre avec 17 000 hommes, Alvaro Uribe est décidé à mener une guerre frontale contre les rebelles, avec l'appui des forces de l'ordre, dont il veut doubler les effectifs, et d'un million de civils volontaires appelés à servir d'informateurs de la police.


Svelte, le regard froid sous les petites lunettes aux verres rectangulaires, ce dissident du parti libéral ne distille que de rares sourires dans ses discours sécuritaires prononcés d'une voix feutrée. Diplômé d'Harvard, où il a suivi une spécialité en «gestion des conflits», Alvaro Uribe a également étudié à Oxford.


L'austérité caractérise ce natif de Medellin. Il en a été le maire puis le gouverneur à poigne entre 1995 et 1997, avec pour bilan une baisse de 60 % des enlèvements, après avoir siégé comme sénateur au Congrès.


L'un de ses collègues parlementaires se souvient l'avoir trouvé un jour à 4h du matin dans sa chambre, les pieds dans un bain d'eau froide pour ne pas s'endormir alors qu'il préparait un projet de loi.


Adepte d'une discipline de fer, Alvaro Uribe, catholique fervent, ignore les jeans. Ce Colombien atypique, fervent nationaliste, a pour particularité de ne pas savoir danser, dans un pays féru de rumba. S'il est élu dimanche, il prendra ses fonctions le 7 août et remplacera le conservateur Andrés Pastrana pour un mandat de quatre ans.


Sa sécurité est passée au premier plan dans les dernières semaines. Il s'est retranché dans ses bureaux de Bogotá, transformés en bunker, et s'est limité à transmettre des messages télévisés, sous la protection de 120 gardes du corps.