Proche-Orient - Condoleezza Rice arrache des concessions sur la Cisjordanie

Drapeaux à la main, des Palestiniens font face à des soldats israéliens dans le village d’Umm Salamunah, en Cisjordanie, qui a été le théâtre d’une manifestation hier.
Photo: Agence France-Presse (photo) Drapeaux à la main, des Palestiniens font face à des soldats israéliens dans le village d’Umm Salamunah, en Cisjordanie, qui a été le théâtre d’une manifestation hier.

Jérusalem — Sous l'impulsion de Condoleezza Rice, Israéliens et Palestiniens se sont entendus hier sur une série de «mesures concrètes» censées les rapprocher d'un accord de paix définitif d'ici la fin de l'année. Ces premiers pas tangibles depuis la conférence d'Annapolis, il y a près de six mois, prévoient notamment un assouplissement des restrictions sur la mobilité des Palestiniens de Cisjordanie.

Ces mesures ont été décidées lors d'une rencontre à trois entre le ministre israélien de la Défense Ehoud Barak, le premier ministre palestinien Salaam Fayyad et la secrétaire d'État américaine, qui effectuait une courte visite au Proche-Orient, sa deuxième ce mois-ci.

Mme Rice avait fait de la question de la mobilité des Palestiniens une priorité pour cette réunion, et s'est félicitée d'un «très bon début pour améliorer» la situation économique en Cisjordanie, où le commerce souffre des restrictions israéliennes.

L'accord annoncé par Mme Rice prévoit surtout la suppression de 50 barrages routiers autour des grandes villes de Djénine, Tulkarem, Qalqiliya et Ramallah, ainsi que d'un point de passage permanent. D'autres points de passage maintenus par les Israéliens — il y en a des centaines en Cisjordanie — devront être modernisés afin d'accélérer les procédures, souvent longues.

D'autre part, les forces de sécurité palestiniennes hériteraient d'une autorité accrue à Djénine, un geste significatif pour une ville connue comme un bastion des militants palestiniens, qui a été le théâtre de nombreux affrontements entre factions militantes et soldats israéliens. Quelque 700 policiers palestiniens, formés en Jordanie, y seront déployés.

En retour, les Palestiniens ont pris l'engagement de faire respecter la loi et maintenir l'ordre, et «d'empêcher le terrorisme», selon un communiqué du Département d'État américain.

Israël a également promis d'accorder davantage d'autorisations d'entrée sur son territoire aux commerçants palestiniens, de 1000 aujourd'hui à 1500, ainsi que d'augmenter le nombre de permis de travail pour les Palestiniens de 1850 à 23 500.

Enfin, l'État hébreu s'est engagé à construire de nouvelles habitations dans 25 villages palestiniens, à connecter les villages au réseau d'électricité israélien, à soutenir d'importants programmes de développement économique et à encourager les investissements étrangers.

Optimisme américain

Mme Rice, au nom d'une administration américaine sortante qui ambitionne de régler le conflit israélo-palestinien dans la dernière année de son mandat, s'est montrée optimiste: «On nous a dit que ceci va commencer et même, espérons-le, être achevé en un laps de temps relativement court». «Je m'attends à ce que cela se fasse très, très bientôt», a-t-elle déclaré, ajoutant que Washington «surveillera et vérifiera» le processus.

Mais côté palestinien, le négociateur Saeb Erekat, vétéran des pourparlers avec les Israéliens, a dit attendre de voir des résultats, estimant avoir «entendu ces six derniers mois de la partie israélienne [...] ses intentions de retirer les barrages et d'améliorer la situation sur le terrain». «Nous aimerions le voir de nos yeux et pas seulement l'entendre avec nos oreilles, et nous espérons que cette fois, la partie israélienne sera au rendez-vous», a-t-il déclaré.

MM. Barak et Fayyad n'ont, eux, pas fait de commentaire après la réunion d'hier, posant simplement aux côtés de Mme Rice devant les photographes.

Plus tôt hier, la patronne de la diplomatie américaine avait dit attendre des mesures «significatives» des deux parties afin de relancer le processus de paix. «Il n'y a pas eu un élan assez important» auparavant, a-t-elle reconnu.

De fait, malgré l'accord en novembre entre le premier ministre israélien Ehoud Olmert et le président palestinien Mahmoud Abbas de relancer officiellement les négociations sur la création d'un État palestinien aux côtés d'Israël, censées aboutir avant la fin de 2008 et du mandat du président américain George W. Bush, les avancées se font attendre. De plus, M. Olmert a averti qu'un accord serait difficile à mettre en oeuvre tant que le Hamas, rival du Fatah de M. Abbas, contrôlait la bande de Gaza.

Mme Rice s'est rendue en fin de journée en Jordanie pour s'entretenir avec le roi Abdallah, mais également avec M. Abbas, qui se trouve actuellement dans le pays. Ce dernier n'a pas commenté l'annonce israélienne.

Le roi Abdallah II de Jordanie, qui a reçu Mme Rice en soirée, a averti qu'un «échec du processus de paix constitue une menace pour l'avenir de la région et augmentera le sentiment de désespoir et le cycle de violence», selon le palais royal.

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Avec l'Agence France-Presse