Scotland Yard commence son travail au Pakistan

Arrivée à l’aéroport d’Islamabad, hier, d’enquêteurs de la célèbre police criminelle britannique.
Photo: Agence Reuters Arrivée à l’aéroport d’Islamabad, hier, d’enquêteurs de la célèbre police criminelle britannique.

Rawalpindi — Scotland Yard a commencé hier à aider les autorités pakistanaises, à leur demande, dans l'enquête sur le meurtre de Benazir Bhutto, le président Pervez Moucharraf espérant mettre fin à une controverse autour de la mort de l'ex-premier ministre.

«L'équipe de Scotland Yard a débuté sa coopération avec les enquêteurs pakistanais, leur offrant une assistance technique dans l'enquête sur l'assassinat», a déclaré le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Javed Cheema.

Les cinq ou six experts en antiterrorisme et médecine légale de la célèbre police criminelle britannique, arrivés discrètement hier à Islamabad, devaient se rendre sur les lieux de l'attentat suicide qui a coûté la vie à Mme Bhutto, à Rawalpindi, près de la capitale.

Ils doivent aussi examiner la voiture dans laquelle l'opposante a trouvé la mort le 27 décembre. Car M. Moucharraf s'est dit «pas entièrement satisfait» de l'enquête locale, tout en martelant que le gouvernement ou les services de renseignement n'avaient pas tenté de dissimuler des «secrets».

Le chef de l'État s'est montré toutefois agacé que les services de la voirie aient nettoyé les lieux du crime à grande eau juste après le meurtre.

De fait, la tâche de Scotland Yard sera difficile tant les fautes de procédure et les erreurs des autorités, au moins en matière de communication, ont été flagrantes.

«Cette équipe de Scotland Yard... Qu'est-ce qu'elle va faire ici? Elle va travailler sous l'autorité du gouvernement. Cet exercice n'aura pas de sens», a dénoncé Farooq Naïk, avocat de la défunte figure de l'opposition.

Le Parti du peuple pakistanais (PPP) de Mme Bhutto ne coopérera à aucune enquête autre que celle qui serait lancée sous l'autorité des Nations unies, sur le modèle de celle mise sur pied pour l'assassinat de l'ex-premier ministre libanais Rafiq Hariri en 2005, a répété M. Naïk.

Le camp Bhutto et le PPP réclament depuis une semaine une enquête de l'ONU, ce qui est quasiment impossible car cela nécessiterait la participation présumée d'un pays tiers.

Les Britanniques «vont [...] demander deux choses: "Connaissez-vous les causes de la mort? Avez-vous un rapport d'autopsie?" Nous n'en avons pas», a reconnu un responsable gouvernemental.

Asif Ali Zardari, le veuf de Mme Bhutto, a refusé que les médecins pratiquent une autopsie le soir du drame et Mme Bhutto a été inhumée le lendemain, conformément à la tradition musulmane. La polémique sur sa mort avait alors très vite enflé.

Islamabad accuse des groupes liés à al-Qaïda, tandis que le camp de l'opposante évoque la piste de hauts responsables proches du pouvoir et des services de renseignement. Ils auraient d'ailleurs même pu agir à l'insu du chef de l'État, comme Mme Bhutto l'avait laissé entendre après une tentative d'assassinat, le 18 octobre, quand deux kamikazes l'avaient manquée de peu à Karachi, tuant 139 personnes.

«Assassin»

Dans la rue, les partisans de l'ex-chef de file de l'opposition n'hésitent pas, eux, à qualifier M. Moucharraf d'«assassin».

Et une controverse déclenchée par des déclarations du gouvernement a alimenté le soupçon du complot. Selon les autorités, Mme Bhutto serait décédée d'une fracture du crâne en heurtant le toit ouvrant de sa voiture, alors qu'elle tentait d'esquiver les balles d'un tireur, avant l'explosion de la bombe du kamikaze. Pour son parti, elle a été atteinte d'une balle à la tête.

L'arrivée de Scotland Yard apparaît donc comme une tentative d'apaisement. «Mais, sincèrement, il ne leur reste pas grand-chose à faire», a dit le responsable gouvernemental.

C'est oublier la possibilité d'identifier les auteurs de l'attentat — grâce aux prélèvements des restes du ou des corps —, la reconstitution par des chirurgiens du visage du kamikaze, et les images des deux auteurs présumés des coups de feu et de l'attentat, saisies par des vidéastes et photographes.

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