Terrorisme - Interrogations sur les véritables motivations de la Maison-Blanche

Washington — Les mises en garde des plus hauts responsables américains sur le caractère inéluctable de nouvelles attaques terroristes se succèdent jour après jour, suscitant des interrogations sur l'effet recherché et la réalité de la menace.

Hier, un colis suspect a provoqué la fermeture pendant une heure du pont de Brooklyn, entre Manhattan et Long Island, dans une métropole déjà sur le qui-vive depuis quelques jours.


«Ces avertissements quotidiens [...] encouragent les conjectures autour de l'utilisation par la Maison-Blanche des menaces [terroristes] pour faire diversion», écrivait hier le New York Times.


En effet, estime le quotidien, ces avertissements surviennent au moment où l'administration de George W. Bush est la cible de critiques acerbes sur des lacunes dans sa gestion de la prévention des attentats du 11 septembre.


Du coup, fait valoir le New York Times, des responsables du Parti démocrate expriment des doutes «en privé» sur les motivations réelles de l'administration Bush.


«Le moment choisi est intéressant. Il se peut que cela soit un jeu politique dans la foulée du brouhaha causé par le mémorandum de Phoenix», estime Matt Levitt, un ancien agent du FBI spécialisé dans la lutte antiterroriste.


La Maison-Blanche et le FBI ont en effet reconnu que des documents rédigés par un agent du FBI à Phoenix (Arizona) deux mois avant les attentats et montrant que des terroristes potentiels apprenaient à piloter aux États-Unis avaient été classés sans suite et sans que le président Bush en soit informé.


Des copies de ces documents avaient été distribuées sans suite à l'unité du FBI chargée de surveiller les activités d'Oussama ben Laden, car son nom y apparaissait, ainsi qu'à l'antenne new-yorkaise de la police fédérale. La CIA n'en aurait eu connaissance qu'au mois d'avril.


Le quotidien Washington Times affirme carrément que les mises en garde ont été émises pour «faire taire les critiques» selon lesquelles, avant le 11 septembre, les responsables américains de la sécurité n'ont pas prêté l'attention nécessaire à des renseignements en leur possession.


«L'administration ne doit pas dire que celui d'entre nous qui soulève des questions sur ce qui aurait pu être fait pour empêcher les attentats du 11 septembre agit de façon non patriotique», s'est quant à lui emporté — publiquement — le sénateur démocrate du Connecticut, Joseph Lieberman.


Comme pour tempérer ces avertissements émis successivement par le vice-président Dick Cheney, le chef du FBI, Robert Mueller, et le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, M. Bush a affirmé mardi qu'il ne s'agit que de «conjectures». Le président Bush a ainsi souligné que MM. Mueller et Cheney, qui ont tous deux affirmé que de futures attaques terroristes étaient «presque une certitude», évoquaient une menace générale et non précise.


Mardi, cependant, la possibilité d'une attaque est devenue encore plus palpable avec l'alerte lancée par la police de New York sur la base de données émanant du FBI sur des «menaces générales» contre la ville.


L'information non corroborée a été largement relayée par les médias américains, qui ont avancé des cibles potentielles comme la statue de la Liberté et le pont de Brooklyn, qui a été fermé à la circulation, hier à l'aube, à la suite d'une fausse alerte.


«[Le paquet] ne présentait aucun problème sérieux, pas de bombe ou quoi que ce soit», a par la suite expliqué une porte-parole de la police new-yorkaise.


La sécurité a été renforcée autour de plusieurs édifices et ouvrages, les véhicules étant notamment fouillés par la police.


La grande métropole économique et financière se trouvait déjà en état d'alerte renforcée à l'approche du long week-end du Memorial Day, lundi, à la mémoire des soldats américains tombés sur les champs de bataille. Plus de 6000 marins, Marines et gardes-côtes, appuyés par 22 navires, dont des bâtiments de guerre, doivent participer aux cérémonies.


Un responsable des services judiciaires a indiqué que la menace, fondée sur des informations non corroborées obtenues de personnes arrêtées après les attentats du 11 septembre, pesait sur des sites célèbres comme la statue de la Liberté ou le pont de Brooklyn.


«Le chef de la police a relevé le niveau des mesures de sécurité, qui sont considérables», a déclaré cette source sous couvert de l'anonymat. «Mieux vaut prévenir que guérir.»


Hier, une vedette de la police faisait des ronds dans l'eau autour d'une des piles du pont, un policier à pied se tenait en faction sur la passerelle réservée aux piétons et aux cyclistes alors que des équipes de télévision s'installaient pour la journée sur les berges, caméras pointées sur les célèbres tours de pierre au sommet desquelles flottent de grands drapeaux américains.


Tout au sud de Manhattan, les touristes se pressaient comme de coutume à l'embarquement pour les ferrys à destination de l'île de la statue de la Liberté. Si les salles que renferme le socle du monument n'ont pas été rouvertes depuis le 11 septembre, l'accès à l'île reste possible.


Dans ce contexte, la presse américaine a fait deux révélations susceptibles d'alimenter la controverse et peut-être la psychose.

- Le responsable présumé du réseau de pilotes kamikazes qui ont frappé le World Trade Center le 11 septembre avait mis les coordonnées des tours jumelles sur un système de localisation par satellite, a rapporté hier le journal Daily News. La veille des attentats, Mohammed Atta, selon le quotidien, s'était rendu à New York, où il aurait repéré les coordonnées des tours pour les inscrire dans un système GPS (Global Positionning System) afin d'aider les pilotes débutants de son équipe à les viser. Citant un membre des forces de sécurité parlant sous couvert de l'anonymat, le quotidien précise que les enquêteurs ont pu déterminer que les pirates avaient acheté des appareils GPS des mois avant les attaques, ce qui leur aurait permis de diriger les avions automatiquement une fois introduite dans leur ordinateur la carte menant à leur destination.

- Les marchandises dans les soutes de fret des avions de ligne ne font pas l'objet d'inspections anti-explosifs, une faille dans la sécurité aérienne dont pourraient vouloir profiter des terroristes, selon un rapport confidentiel de l'Administration fédérale de l'aviation civile (FAA). Ce rapport ultraconfidentiel a été rédigé en octobre de l'an dernier, environ un mois après les attentats du 11 septembre, a indiqué un responsable de la FAA sous couvert de l'anonymat, confirmant des révélations du quotidien USA Today.


«Ce rapport existe bien mais il traite de questions de sécurité et n'aurait pas dû filtrer», a affirmé ce responsable.


Selon USA Today, le rapport souligne que «des terroristes pourraient être tentés de profiter des expéditions de marchandises» au fur et à mesure que la sécurité s'accroît pour le contrôle des passagers et des bagages enregistrés.