Les soldats indiens doivent se préparer à une «bataille décisive»

Kupwara — Dans un climat de plus en plus tendu, le premier ministre indien lance un avertissement au Pakistan: Atal Bihari Vajpayee a ainsi appelé hier les soldats indiens postés le long de la ligne de cessez-le-feu entre les deux puissances nucléaires à se préparer à «une bataille décisive» contre les séparatistes cachemiris que New Delhi accuse d’être soutenus par Islamabad.

Afin de renforcer ses défenses maritimes, l’Inde a posté cinq de ses navires de guerre au large de sa côte occidentale, les rapprochant ainsi des eaux pakistanaises, ont rapporté hier des responsables indiens.
Des dizaines de civils et de soldats ont été tués ces cinq derniers jours lors d’importants échanges d’artillerie de part et d’autre de la frontière, ravivant les craintes d’une guerre entre les deux grands pays rivaux.
S’exprimant devant plus de 600 soldats indiens à Kupwara près de la Ligne de contrôle, frontière de fait qui sépare l’Inde et le Pakistan dans la région himalayenne, M. Vajpayee leur a dit d’être «prêts pour le sacrifice». «Votre objectif doit être la victoire. Il est temps de mener une bataille décisive.»
Le premier ministre a évoqué l’attaque menée la semaine dernière par des militants islamistes présumés contre un camp de l’armée à la périphérie de Jammu, la capitale d’hiver de l’État indien du Jammu-et-Cachemire. L’assaut avait fait 34 morts, pour la plupart des enfants et des femmes de militaires.
L’Inde a accusé le Pakistan et les séparatistes islamistes qui y sont basés d’être responsables de l’attaque. New Delhi a expulsé l’ambassadeur pakistanais, réorganisé ses forces maritimes et terrestres et envoyé mardi 3000 soldats supplémentaires à la frontière.
Le ministre indien de la Défense, George Fernandes, s’est également adressé aux soldats. «Partout où je vais, les soldats me demandent quand nous aurons l’occasion d’attaquer», a-t-il commenté. Les deux pays ont massé quelque un million de soldats de part et d’autre de leurs 1800 kilomètres de frontière commune.
Le porte-parole du ministère pakistanais des Affaires étrangères, Aziz Ahmed Khan, a confié à l’Associated Press que son pays était également prêt pour la guerre. «Le Pakistan veut résoudre toutes les questions en suspens avec l’Inde par des discussions pacifiques et des négociations, mais nos forces armées sont également prêtes à faire face à toute agression.» Malgré tout, beaucoup d’experts estiment qu’une guerre n’est peut-être pas imminente du fait de la présence militaire américaine en Afghanistan et au Pakistan et des efforts déployés par Washington pour réduire les tensions.

Les Britanniques
plient bagage
«Dans un avenir immédiat, nous n’allons pas lancer d’opération», a assuré J. N. Dixit, ancien ministre indien des Affaires étrangères. Il pense que New Delhi ne prendra pas de décision définitive avant la visite à la fin du mois du secrétaire d’État adjoint américain, Richard Armitage, et du secrétaire britannique au Foreign Office, Jack Straw. Ce dernier a par ailleurs annoncé hier le rappel prochain d’une partie des diplomates britanniques en poste au Pakistan, en raison de menaces terroristes liées aux milieux islamistes.
Par ailleurs, des centaines de personnes ont suivi hier le cortège funèbre du dirigeant séparatiste modéré Abdul Ghani Lone, abattu la veille avec un de ses gardes du corps lors d’une cérémonie en mémoire du 12e anniversaire de l’assassinat d’un dirigeant indépendantiste cachemiri à Srinagar, la capitale d’été du Cachemire indien.
Les séparatistes musulmans du Cachemire se battent depuis 1989 pour obtenir l’indépendance de la province ou son rattachement au Pakistan. On estime que les combats ont fait plus de 60 000 morts. L’Inde et le Pakistan se sont livré trois guerres depuis leur indépendance en 1947, dont deux à propos du Cachemire.