Élections législatives en Russie - Le parti de Poutine l'emporte haut la main

Une femme exerçait son droit de vote à Glazunovo, à quelque 300 km à l’ouest de Moscou, à l’occasion des élections législatives d’hier.
Photo: Agence Reuters Une femme exerçait son droit de vote à Glazunovo, à quelque 300 km à l’ouest de Moscou, à l’occasion des élections législatives d’hier.

Moscou — Le parti de Vladimir Poutine a remporté une victoire écrasante hier aux législatives russes, entachées de fraudes selon l'opposition mais qui garantissent au chef de l'État de rester influent une fois parti du Kremlin en 2008.

Russie unie a obtenu 63,1 % des suffrages, selon des résultats préliminaires partiels portant sur 40 % des suffrages. Le parti fait ainsi un bond phénoménal par rapport aux législatives de 2003 (37,57 %) et devrait obtenir la majorité constitutionnelle (au moins 300 des 450 sièges).

Les communistes arrivent en deuxième position, avec 11,5 %, confirmant leur inexorable érosion depuis la chute de l'URSS.

Au total, quatre partis franchissent a priori la barre des 7 % nécessaires pour siéger au Parlement: Russie unie, le PC, les ultranationalistes pro-Kremlin (LDPR) de Vladimir Jirinovski et le parti de gauche pro-Kremlin Russie juste.

Le LDPR, confirmant son assise dans l'électorat, obtient 9,4 % des voix, suivi de Russie juste, le parti du président du Conseil de la Fédération (chambre haute du Parlement) Sergueï Mironov, sur le fil du rasoir avec 7,6 %.

Fait inédit dans l'histoire russe, le président a participé en première ligne aux législatives en dirigeant la liste de Russie unie, cette dernière ayant tout fait pour transformer ce scrutin en plébiscite de popularité pour M. Poutine.

Russie unie avait fait savoir que le président prendrait la parole dans la soirée au siège du parti, mais l'idée semble avoir été abandonnée. Et les journalistes, accrédités en nombre au siège de Russie unie, pour suivre la victoire du parti ont eu la surprise de constater qu'aucune fête n'était prévue.

Avec un tel score, Vladimir Poutine est assuré de garder un pouvoir, en exerçant une influence sur le Parlement et sur le gouvernement à l'issue de la présidentielle de mars 2008 à laquelle il ne peut se présenter.

«Ces élections ont été un référendum de soutien à la politique de Vladimir Poutine et on peut dire qu'[il] a remporté une victoire», a aussitôt déclaré le chef de Russie unie et président de la Douma sortante, Boris Gryzlov.

Le parti Russie unie dévoilera le 17 décembre son candidat pour la présidentielle de mars 2008 qui doit décider de la succession de Vladimir Poutine, a annoncé un de ses leaders Valentina Matvienko.

Le bloc pro-Kremlin, avec 80 % des voix au total, est assuré d'un raz-de-marée à la nouvelle Douma (chambre basse) avec pour seuls opposants les communistes, qui parlent fort mais contrarient rarement le président.

L'opposition libérale, déjà inexistante dans l'assemblée sortante à l'exception de quelques députés indépendants, est une nouvelle fois laminée: Iabloko ne remporte que 1,5 % et le SPS 1,1 % des voix.

Le taux de participation, un des enjeux du scrutin, s'établit à plus de 60 % et dépasse celui de 2003 (55,75 %), selon les premières tendances données par la Commission électorale.

Fraudes

Les communistes, dénonçant fraudes et pressions sur les électeurs, ont aussitôt annoncé qu'ils allaient contester les résultats devant la Cour suprême.

«Nous ne faisons pas confiance aux résultats annoncés et allons mener un décompte parallèle. Il est déjà clair qu'en Sibérie et dans d'autres régions, on tente d'obtenir un résultat fixé», a déclaré le leader communiste Guennadi Ziouganov, cité par l'agence Interfax.

En l'absence de la principale mission d'observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), ceux de l'opposition et de l'ONG russe Golos ont dénoncé de nombreux bourrages d'urnes, entraves à leur travail et abus dans l'utilisation des urnes mobiles.

Golos, principale ONG russe d'observation des élections, a déploré de nombreux cas de pressions dans les entreprises et sur les étudiants.

À l'étranger, la transparence du scrutin a aussi été mise en doute. Les États-Unis ont ainsi appelé les autorités russes à enquêter sur les accusations de violations qui auraient marqué les législatives.

«Les premières informations en provenance de Russie comprennent des allégations de violations électorales. Nous appelons les autorités russes à enquêter sur ces affirmations», a déclaré le porte-parole de la Maison Blanche Gordon Johndroe.

Avant les élections, la Maison-Blanche a exprimé la préoccupation des États-Unis «concernant l'utilisation des ressources de l'administration d'Etat pour soutenir Russie unie, le parti-pris des médias publics ou influents en faveur de Russie unie, l'intimidation de l'opposition politique, et le manque de moyens équivalents à la disposition des candidats et partis de l'opposition», a rappelé le porte-parole de la Maison-Blanche.

Les États-Unis regrettent également les restrictions imposées par la Russie qui ont «empêché» le Bureau des institutions démocratiques et des droits de l'Homme (BIDDH/ODIHR) de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) d'envoyer une mission d'observateurs en Russie, a ajouté M. Johndroe.

Le BIDDH, principal groupe d'observateurs de l'OSCE basé à Varsovie, qui avait prévu l'envoi de 70 observateurs, a décidé le 16 novembre de boycotter les élections.

Le BIDDH avait dénoncé un manque de coopération des autorités russes et estimé de ce fait ne pas pouvoir exercer son mandat.

Le président russe Vladimir Poutine avait estimé que la décision du BIDDH avait été prise «sur la recommandation du département d'État américain» afin de discréditer le scrutin.

Des accusations rejetées par les États-Unis qui ont nié avoir joué un rôle dans la décision du Bureau. «C'était leur décision et seulement leur décision», avait déclaré le porte-parole du département d'État Sean McCormack.

La porte-parole de la Maison Blanche avait également rejeté les accusations de M. Poutine, les qualifiant d'«absolument fausses».