11 septembre 2001 - Kissinger renonce à présider la commission d'enquête

Washington - Henry Kissinger a démissionné de la présidence de la commission d'enquête indépendante sur les attentats du 11 septembre 2001, fonction à laquelle il avait été nommé le 27 novembre, a annoncé hier la Maison-Blanche.

«Je suis arrivé [...] à la conclusion que je ne peux accepter la responsabilité que vous me proposez», a indiqué Henry Kissinger dans une lettre envoyée au président George W. Bush et rendue publique par la Maison-Blanche.

La présidence américaine a précisé que M. Bush avait accepté cette démission. «C'est avec regret que j'ai accepté la décision du docteur Kissinger de démissionner», a indiqué le président américain.

«Mon administration va oeuvrer avec célérité pour désigner un nouveau président, dont la mission sera de mettre au jour tous les détails et tirer toutes les leçons du 11 septembre, de la même manière que nous avons agi et appris depuis lors pour mieux protéger et défendre l'Amérique», a souligné le président Bush.

M. Kissinger, 79 ans, indique que sa décision a été motivée par des conflits d'intérêts concernant sa société de conseil Kissinger Associates. «Sa dissolution ne pourrait être réalisée sans retarder de manière significative le travail de la commission», affirme-t-il dans sa lettre de deux pages.

La démission d'Henry Kissinger intervient après que l'ancien sénateur George Mitchell a décliné mercredi le poste de vice-président de cette commission.

La nomination d'Henry Kissinger, ancien secrétaire d'État américain du président Richard Nixon au début des années 70, avait soulevé une polémique aux États-Unis en raison des accusations sur son rôle présumé dans le coup d'État au Chili en septembre 1973. Il était reproché à M. Kissinger de n'avoir pas révélé au Congrès américain la nature exacte de son rôle dans ce coup d'État qui avait abouti au renversement du président socialiste Allende par une dictature militaire.

La commission indépendante dont il devait assurer la présidence est chargée de faire la lumière sur l'incapacité des services de renseignement américains à empêcher les attentats du 11 septembre 2001 à New York et à Washington.

La Maison-Blanche avait longtemps résisté à l'établissement de cette commission, réclamée par le Congrès et les familles des victimes des attentats, estimant qu'elle pourrait détourner l'attention de la guerre contre le terrorisme. L'administration Bush craignait également qu'elle soit utilisée par l'opposition démocrate pour l'attaquer, la date de publication attendue de son rapport tombant en même temps que la campagne pour l'élection présidentielle de 2004.

Henry Kissinger, un des diplomates les plus connus du XXe siècle, avait obtenu le prix Nobel de la paix en 1973 avec le Nord-Vietnamien Le Duc Tho pour avoir négocié un cessez-le-feu dans la guerre du Vietnam.