L'UNICEF plaide pour l'enfance participative

Si la désillusion face aux institutions et la méfiance envers les gouvernements constituent une tendance lourde parmi les adultes partout sur la planète, le mal touche de manière tout aussi grave des dizaines de millions d'enfants, soutient l'UNICEF dans son dernier rapport, estimant que le monde court à la catastrophe si n'est pas donné aux enfants un rôle constructif dans leur développement.

Le Fonds des Nations unies pour l'enfance fait cette année de la participation des enfants aux décisions qui les concernent le point clé de son rapport intitulé La situation des enfants dans le monde 2003, qui est officiellement rendu public aujourd'hui à Mexico par la directrice de l'organisation onusienne, Carol Bellamy, en présence du président mexicain Vicente Fox.

«Les enfants constituent le tiers de la population mondiale, soulignait hier à Montréal Robert B. Lussier, d'UNICEF Québec. Comment pouvons-nous imaginer la création d'un monde meilleur qui soit vraiment digne de tous les enfants si nous n'impliquons pas cette composante importante de nos sociétés dans le processus?»

Le rapport relève un «sentiment de marginalisation» parmi les jeunes et juge urgent que le dialogue s'engage. Il donne des exemples qui sont autant de petits espoirs — dans le domaine de l'éducation, notamment, où 120 millions d'enfants n'ont pas accès à l'école. C'est ainsi que dans la province du Balouchistan, au Pakistan, où le taux d'alphabétisation des femmes atteint à peine 2 %, des groupes de scouts locaux ont exercé des pressions auprès des responsables de l'éducation et des pères de famille réticents afin que les filles puissent aller en classe. Résultat: 2500 filles se sont inscrites dès la première année.

Parallèlement, le rapport de l'ONU se désole de nouveau de la détérioration des conditions de vie des jeunes gens dans de nombreux pays en raison de la propagation rapide et continue de la pandémie du VIH/sida. On évalue aujourd'hui à 13,5 millions le nombre d'orphelins du sida dans le monde. Six mille enfants sont infectés quotidiennement.

La maladie, note le rapport en écho à de nombreux autres qui sont demeurés lettre morte, a complètement anéanti les fragiles progrès sociaux et humains réalisés pendant la deuxième moitié du XXe siècle en Afrique sub-saharienne. La pandémie peut pourtant être contrée, comme en Ouganda où les résultats sont encourageants, en partie justement grâce à l'implication de groupes de jeunes, mais l'indifférence de trop de gouvernements fait en sorte qu'elle continue de progresser. «Une situation inacceptable compte tenu des ressources disponibles, affirme M. Lussier. Les facteurs combinés du sida, de la pauvreté et des conflits sur la santé et le développement des enfants annoncent des millions de morts si nous n'intervenons pas.»