Grève générale au Venezuela - La troupe occupe des stations-service

Caracas — La confrontation entre le président Hugo Chavez et l'opposition s'aggrave au Venezuela, où la grève générale indéfinie est entrée hier dans sa deuxième semaine et menace l'industrie pétrolière, le coeur de l'économie du pays, qui a été placée sous la protection de l'armée.

Des soldats de la Garde nationale (GN), déployés sur les sites de la holding publique Petroleos de Venezuela (PDVSA), ont obligé des stations-service à rouvrir pour éviter une pénurie de carburants. Selon l'opposition, ils ont aussi pris le contrôle de camions de livraison.

La prolongation de cette grève générale, la quatrième en un an menée par la Confédération des travailleurs du Venezuela (CTV), la fédération patronale Fedecamaras et la Coordination démocratique (CD) de mouvements d'opposition, suscite l'inquiétude des marchés internationaux. Le baril de brut a atteint hier 25,63 USD à Londres et 27,05 USD à New York. «Le marché est aussi affecté par la grève au Venezuela qu'il le serait en cas de guerre contre l'Irak», a estimé un analyste londonien, Lawrence Eagles.

Le Venezuela, pilier et seul membre latino-américain de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), sera au centre de la réunion ministérielle du cartel jeudi à Vienne. La grève a fait, selon l'opposition, chuter de 70 à 80 % la production du 5e exportateur et 8e producteur mondial de brut, habituellement d'environ 2,5 mbj.

Le gouvernement, tout en reconnaissant que la production était affectée, n'a pas donné de chiffres.

«L'industrie pétrolière est virtuellement paralysée. Au moins 90 % des travailleurs sont absents», a pour sa part affirmé Diego de Espinoza, dirigeant de Fedepetrol, syndicat d'opposition le plus important du secteur. Selon les grévistes, 30 pétroliers sont immobilisés. Sept navires étrangers n'ont notamment pas effectué leur chargement, estimant que «les mesures de sécurité nécessaires et le personnel qualifié sur les quais n'étaient pas assurés», selon Horacio Medina, dirigeant d'Unapetrol.

À Caracas, des automobilistes patientaient plus d'une heure aux pompes et des stations ont dû fermer en province, faute de stocks. «La situation est dramatique car si la grève continue, dans deux ou trois jours les transports seront touchés. Il n'y aura pas d'essence pour les automobiles, ni de kérosène pour les avions», a déclaré Gert Petersen, dirigeant de la Chambre de commerce germano-vénézuélienne.

Des cadres grévistes de PDVSA ont été renvoyés et sept des huit membres de la direction ont présenté leur démission afin de «faciliter la recherche d'une solution par le gouvernement national et le président de PDVSA», Ali Rodriguez.

Alors secrétaire général de l'OPEP, M. Rodriguez avait été nommé à la tête de PDVSA en avril après un éphémère coup d'État contre l'ex-lieutenant colonel Chavez, 48 ans, lui-même leader d'un putsch manqué en 1992, puis élu en 1998 et réélu pour six ans en 2000.

Le Canada déconseille Caracas

Le pétrole, qui génère 80 % des devises et 55 % des ressources de l'État, était déjà au coeur du coup d'État des 12 et 13 avril, déclenché après des violences ayant fait 19 morts, au troisième jour d'une grève générale de soutien à des cadres de PDVSA désavouant leur direction.

Hugo Chavez, un métis considéré comme un populiste de gauche et traité de «fou», a accusé l'élite blanche «fasciste et putschiste» de ce pays, qui compte 80 % de pauvres, de se servir de PDVSA pour tenter de le renverser et privatiser le pétrole.

L'opposition, qui poursuit cependant ses négociations avec le gouvernement pour trouver une issue à la crise, a affirmé hier que le président n'avait qu'une alternative: démissionner ou convoquer des élections au premier trimestre 2003.

Le Canada a demandé hier à ses ressortissants «de ne pas se rendre à Caracas», capitale du Venezuela, qui en est à sa deuxième semaine de grève générale.

«La situation en matière de sécurité est très instable en raison du conflit politique qui divise actuellement le gouvernement et l'opposition. Des manifestations, des contre-manifestations, et les affrontements qui ont suivi dans les rues ont donné lieu à des actes de violence et à des émeutes qui ont causé des morts et des blessés», souligne le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué.