Les Américains n'ont pas de quoi être rassurés

Washington — Les Américains, qui commencent à douter de la capacité de leurs dirigeants de les protéger contre le terrorisme, ont continué hier à être bombardés d'informations assez peu rassurantes sur le sujet.


Tandis que le département d'État publiait son rapport annuel sur le terrorisme mondial, le FBI avertissait la police de New York de menaces contre la métropole américaine.

D'après l'Agence France-Presse et Reuters


«La menace terroriste est d'ampleur mondiale, elle a des facettes multiples et elle est déterminée», a déclaré le secrétaire d'État Colin Powell en présentant hier le rapport du département d'État sur le terrorisme mondial en 2001, le premier à être publié depuis les attentats du 11 septembre à New York et à Washington.


«Tous les pays sont vulnérables, et tous ont la capacité et la responsabilité de contribuer à la campagne antiterroriste», a-t-il déclaré, soulignant que «personne ne peut s'offrir le luxe de rester à l'écart».


Ce rapport, a également souligné M. Powell, «confirme que les terroristes tentent tout ce qu'ils peuvent pour mettre la main sur des armes de destruction massive, chimiques, biologiques ou nucléaires».


Les attentats du 11 septembre font de l'année 2001 la plus meurtrière de l'histoire du terrorisme mondial, souligne ce rapport, avec un total de 3547 personnes tuées à travers le monde, dont environ 3000 pour les seuls attentats de New York et Washington, contre 409 l'année précédente.


En revanche, le nombre d'attentats est en baisse, avec 346 cas enregistrés en 2001 contre 426 l'année précédente. Le rapport souligne que malgré les coups portés à l'organisation al-Qaïda d'Oussama ben Laden, la menace reste très forte, qu'elle vienne de ce mouvement, d'autres organisations ayant choisi la violence aveugle comme moyen d'action politique ou des pays qui parrainent le terrorisme international.


Le coordonnateur du département d'État pour la lutte antiterroriste, Franck Taylor, a estimé que de nouveaux attentats antiaméricains sont «très, très probables», faisant écho à de nombreuses déclarations en ce sens de responsables américains ces derniers jours.


Le rapport souligne aussi que le Proche-Orient reste un vivier pour les organisations terroristes. Le département d'État reconnaît la multiplication des attentats anti-israéliens mais souligne toutefois que l'Autorité palestinienne de Yasser Arafat a cherché à lutter contre ce phénomène.


La région latino-américaine dite de «la triple frontière», soit entre l'Argentine, le Brésil et le Paraguay, sert de centre d'activités pour le Hamas et le Hezbollah, ajoute le département d'État, qui n'y a pas décelé la présence d'al-Qaïda en 2001.


Le rapport indique également, comme les années précédentes, que sept pays sont considérés par Washington comme des parrains du terrorisme international (Iran, Irak, Syrie, Libye, Soudan, Cuba, Corée du Nord) et soumis pour cela à des sanctions économiques.


L'Iran est classé, comme l'an dernier, en tête des États soutenant le terrorisme en raison de ses liens avec des mouvements radicaux palestiniens et en dépit des efforts du camp réformateur pour faire changer les choses.


Washington relève en revanche les efforts de la Libye et du Soudan pour se distancer des organisations terroristes auxquelles ils ont autrefois été intimement liés tout en jugeant qu'il leur faut encore en faire davantage.


La Syrie est quant à elle accusée de pratiquer un «double jeu» en cherchant à participer à la lutte antiterroriste internationale tout en continuant de soutenir des mouvements radicaux comme le Hezbollah libanais.


L'Irak, souligne le rapport, est le seul pays musulman et arabe au monde à ne pas avoir condamné officiellement les attentats du 11 septembre.


Washington déplore également les signaux parfois contradictoires envoyés par Cuba et la Corée du Nord.





La statue de la Liberté menacée


Dans un communiqué, le chef du service de police de New York (NYPD), Raymond Kelly, indiquait hier avoir «reçu du FBI des renseignements faisant état de menaces générales sur la ville de New York».


Les chaînes de télévision américaines, citant des «sources haut placées au sein du NYPD», faisaient état hier après-midi de menaces contre plusieurs lieux symboliques, comme le pont de Brooklyn ou la statue de la Liberté.


«Ces derniers mois, nous avons reçu des renseignements de détenus à Guantanamo portant sur de possibles actes terroristes», a déclaré un responsable du FBI sous couvert de l'anonymat. «Je crois que la police et le FBI à New York ont évoqué de possibles cibles à l'intérieur de la ville. Ces renseignements ne sont ni précis ni confirmés.»


Les Américains s'inquiètent de l'impuissance de leur gouvernement, qui évoque de nouvelles menaces terroristes en les jugeant quasi imparables, mais gardent leur confiance envers le président George W. Bush.


Pour la première fois depuis les attentats du 11 septembre dernier, une majorité — 52 % contre 46 % — doute en effet de la capacité de l'administration Bush à prévenir des attentats aux États-Unis, selon un sondage publié hier par le Washington Post et la chaîne de télévision ABC. Il y a deux mois, 55 % des personnes interrogées se sentaient encore protégées des menaces terroristes par leurs gouvernants.


Le sondage a été réalisé ce week-end après une controverse sur l'étendue de ce que pouvait savoir l'administration Bush sur de possibles détournements d'avions avant le 11 septembre et sur les dysfonctionnements dans les services de contre-terrorisme.


Pourtant, l'opinion américaine reste solidement derrière son président et sa lutte contre le terrorisme international: 76 % contre 22 % continuent à approuver son action générale.


À la suite des attentats du 11 septembre, puis du déclenchement de la campagne militaire en Afghanistan, George W. Bush avait atteint une popularité record de 92 % le 9 octobre dernier, contre 55 % le 9 septembre.





Vulnérabilité


Le sentiment de vulnérabilité des Américains ne peut qu'augmenter face aux mises en garde des dirigeants.


Le vice-président Dick Cheney a déclaré dimanche, sans précisions, que de futurs attentats antiaméricains contre les États-Unis étaient «pratiquement une certitude». Le lendemain, le directeur du FBI a estimé que des attentats suicide du genre de ceux commis par des kamikazes palestiniens en Israël étaient «inévitables» aux États-Unis à l'avenir.


Alimentant la controverse, le New York Times a rapporté hier que l'attorney général, John Ashcroft, et le directeur du FBI, Robert Mueller, ont su peu après le 11 septembre qu'une note mettait en garde contre la présence de membres du réseau al-Qaïda dans des écoles de vol américaines mais qu'aucun d'entre eux n'a prévenu George W. Bush.


Cette note avait été rédigée le 10 juillet par le FBI de Phoenix, en Arizona. Mais ni Ashcroft ni Mueller n'ont fait de compte rendu au président américain.


Aucun des deux n'a d'ailleurs dit publiquement à quel moment il a appris l'existence de cette note, ajoute le quotidien américain. Un haut responsable du ministère de la Justice, interrogé par le Times, affirme toutefois qu'Ashcroft a connu le contenu détaillé du rapport il y a seulement un mois.


Cette révélation devrait accentuer encore un peu les critiques à l'encontre des dysfonctionnements au sein de l'administration américaine, qui a dû reconnaître cette semaine avoir reçu, avant les attentats du 11 septembre, des informations selon lesquelles le réseau d'Oussama ben Laden pouvait tenter de détourner des avions de ligne.