Bagdad livrera aujourd'hui 10 000 pages sur son armement - Les inspecteurs scruteront le rapport avant de le remettre au Conseil de sécurité

Bagdad - Le Conseil de sécurité de l'ONU a décidé hier de laisser les experts de l'ONU analyser les premiers la déclaration de l'Irak sur ses armements — avant, donc, que les pays membres ne la reçoivent — pour déterminer si le document contient des informations sensibles.

«Aucun membre du Conseil ne l'obtiendra lundi», a déclaré aux journalistes le chef des équipes d'inspecteurs, Hans Blix, à l'issue de consultations au sein du Conseil. De son côté, un diplomate a dit qu'il faudrait «pas mal de temps» pour que le document soit prêt à être rendu public.

Le document irakien, qui compterait au moins 10 000 pages, porte sur ses programmes d'armes chimiques, biologiques et nucléaires. Bagdad a été contraint de le rédiger par la résolution 1441 des Nations unies qui l'oblige à désarmer sous peine de «graves conséquences». Blix a dit que sa commission de désarmement (Cocovinu) devait déterminer si certains passages du document risquaient ou non de favoriser la prolifération des armements.

Certains diplomates ont estimé qu'il pourrait s'écouler une semaine avant que les membres du Conseil de sécurité, notamment les États-Unis, ne puissent consulter ce document. Le document, rédigé en anglais et en arabe et éventuellement accompagné de données enregistrées sur cédérom, sera remis ce soir à l'ONU au cours d'une brève cérémonie en Irak avant d'être acheminé à New York.

Le volet relatif au programme nucléaire irakien sera transmis à l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), à Vienne. La partie portant sur les programmes chimique, biologique et balistique sera remise à la Commission de contrôle, de vérification et d'inspection de l'ONU, à New York. La résolution de l'ONU ne demande pas seulement à l'Irak de donner des renseignements sur ses programmes d'armement mais aussi sur ses industries civiles pouvant entrer dans le processus de fabrication d'armes.

Hussein Mohammed Amin, chef du Directorat irakien de surveillance nationale, a révélé que la déclaration contiendrait «de nouveaux éléments» sur les activités menées en l'absence des inspecteurs, après leur départ, en 1998. Il a ajouté que le document «couvre des activités biologiques, chimiques, de missiles et nucléaires, mais aucune activité interdite».

Pressions américaines

L'ambassadeur de l'Irak auprès de l'ONU, Mohammed Aldouri, a déclaré que son pays coopérait complètement avec les inspecteurs en désarmement. «Si les Américains ont des preuves, ils doivent dire aux inspecteurs de trouver ces preuves. Nous disons qu'ils ne trouveront rien», a-t-il déclaré, en précisant que les inspecteurs pouvaient aller où ils voulaient.

Les États-Unis pourraient, après avoir consulté cette liste, accuser l'Irak de «violation substantielle» de ses obligations, ce qui pourrait servir de base à une intervention militaire contre Bagdad. Mais la résolution précise qu'une éventuelle violation doit être vérifiée sur le terrain par les inspecteurs. En adoptant une résolution très contraignante, le Conseil de sécurité a voulu s'assurer que les États-Unis ne déclarent pas d'eux-mêmes une infraction irakienne puis attaquent Bagdad en disant avoir le soutien de l'ONU. La résolution stipule également que de fausses informations dans la liste ne constituent pas, seules, une violation substantielle, mais qu'elles le deviendront si des infractions sont constatées sur le terrain.

Les responsables américains ont donc critiqué le fait que les experts en armement ne mènent pas plus agressivement leur mission. Washington a notamment fait pression sur Blix pour qu'il incite les scientifiques irakiens à dire tout ce qu'ils savent sur les programmes d'armes de destruction massive.

Les États-Unis souhaitent notamment que les inspecteurs jouent d'une clause controversée de la résolution les autorisant à faire sortir les scientifiques d'Irak pour échapper aux intimidations du régime de Saddam Hussein.