Une incursion israélienne fait dix morts dans la bande de Gaza

Boureij - Dix Palestiniens, dont le gardien et un instituteur d'une école gérée par les Nations unies, sont morts lors de la fusillade déclenchée par l'incursion des soldats israéliens, ont rapporté des témoins et des responsables médicaux palestiniens.

Le président de l'Autorité palestinienne, Yasser Arafat, a qualifié hier de «massacre» la mort de dix Palestiniens tués lors d'une incursion de soldats israéliens, appuyés par des hélicoptères et des chars, dans le camp de réfugiés de Boureij (bande de Gaza).

«C'est du terrorisme israélien contre nos enfants, nos femmes et nos lieux saints depuis Rafah [dans le sud de la bande de Gaza] jusqu'à Jénine [en Cisjordanie]. Ce qu'ils font quotidiennement n'est-il pas du terrorisme?», a-t-il déclaré à son QG de Ramallah, en Cisjordanie.

L'armée israélienne affirme s'être heurtée à une violente résistance lors de l'opération, qui a duré trois heures. Tsahal a expliqué qu'elle visait à traquer des activistes palestiniens responsables d'attentats contre ses soldats dans la bande de Gaza.

Mais à New York, le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a appelé Israël à «s'abstenir d'un recours excessif et disproportionné à la force meurtrière dans les zones [peuplées] de civils».

À Bruxelles, Javier Solana, porte-parole de la diplomatie européenne, a fait une mise en garde semblable. Selon lui, ces méthodes ne peuvent que provoquer «des pertes en vies innocentes», comme ce fut le cas hier, selon lui, et alimenter «le cycle de la violence».

Dans un communiqué diffusé par la chaîne de télévision al-Manar appartenant au Hezbollah et émettant de Beyrouth, le mouvement islamique Hamas a annoncé que six des morts, dont une femme, étaient des militants du Hamas.

Des Palestiniens habitant le camp ont fait savoir qu'au moins trois personnes avaient été tuées par un missile tiré par un hélicoptère de combat. Deux policiers palestiniens sont morts en défendant le camp, ont poursuivi ces témoins.

Appels à la vengeance

Le bilan de l'incursion ainsi que le moment choisi, la fête religieuse de l'Aïd el Fitr marquant la fin du mois sacré de jeûne du ramadan, ont suscité la colère des Palestiniens et pourraient aviver les tensions dans la région.

Des dizaines de milliers de personnes ont assisté aux funérailles des dix Palestiniens tués. Le transport des corps à travers les ruelles du camp a été accompagné aux cris de «vengeance» par le cortège, dont certains membres avaient le visage masqué.

Plus tard hier, des soldats israéliens ont abattu un activiste du Djihad islamique lors d'un échange de coups de feu pendant un raid dans un village proche de Jénine, en Cisjordanie, a-t-on appris de source médicale.

Le premier ministre Ariel Sharon a déclaré jeudi que le réseau al-Qaïda d'Oussama ben Laden était présent dans des secteurs sous contrôle palestinien de la bande de Gaza ainsi qu'au Liban. Mais l'incursion ne semble pas liée à ces allégations, démenties par les autorités palestiniennes et libanaises.

Interrogée sur les raisons qui ont poussé l'armée à mener cette opération le jour d'une fête religieuse musulmane, Sharon Feingold, porte-parole de Tsahal, a déclaré: «Nous les traquons [les militants] dès que nous avons des renseignements. Ils ne respectent pas nos jours fériés.»

Le commandant de l'armée israélienne pour la bande de Gaza, le brigadier Yisrael Ziv, a expliqué que des soldats avaient pénétré dans le camp de Boureij pour faire sauter une maison appartenant à un activiste et arrêter trois de ses subordonnés, appartenant à une cellule responsable d'attentats à la bombe contre des chars israéliens.

Des témoins palestiniens affirment que des soldats israéliens appuyés par environ 25 chars et plusieurs hélicoptères sont arrivés sous couvert de la nuit et ont ouvert le feu. Un obus tiré par un char a frôlé une maison, et des éclats de bombe ont blessé cinq personnes, a-t-on appris de source médicale. Tsahal a fait exploser une maison appartenant à un militant palestinien, ont rapporté des témoins.

L'armée a identifié ce militant comme étant Eyman Chichniyah, selon les Palestiniens un membre des Comités de résistance populaire, réunissant des activistes laïques et religieux. Selon Tsahal, Chichniyah, qui était recherché par Israël, dirigeait la cellule responsable de trois attaques perpétrées cette année contre des chars israéliens. Trois hommes avaient trouvé la mort dans ces opérations.

Un médecin officiant dans un hôpital proche de Boureij a déclaré que les dix Palestiniens tués étaient âgés d'une vingtaine ou d'une trentaine d'années. De source médicale, on précise que 12 Palestiniens ont en outre été blessés.

Au moins 1703 Palestiniens et 668 Israéliens ont été tués depuis le début de la deuxième intifada, en septembre 2000.