L'UNICEF lance un appel en faveur de l'Éthiopie

Addis-Abeba - La sécheresse en Éthiopie risque de s'aggraver et, à moins d'une aide urgente, de dégénérer en une crise semblable à celle de 1984, qui avait fait un million de morts, mais le pays n'est pas pour l'instant à proprement parler frappé par la famine, a déclaré hier le Fonds des Nations unies pour l'enfance.

«Si des mesures d'urgence ne sont pas prises, la sécheresse en Éthiopie pourrait déboucher sur une crise égale à celle de 1984-85», a déclaré lors d'une conférence de presse Carol Bellamy, directrice générale de l'UNICEF.

À l'issue d'une tournée dans la région des Afars, au nord-est d'Addis-Abeba, elle a invité le gouvernement éthiopien à prendre la tête des efforts pour sauver la population et à procéder avec moins de bureaucratie à la distribution de l'aide alimentaire. Il a rapporté que, dans une région majoritairement pastorale, elle avait vu nombre d'animaux morts et que les canaux d'irrigation étaient totalement secs.

«Le gouvernement doit prendre la tête des efforts pour tenter d'améliorer la situation en creusant des puits, en diversifiant les cultures et en créant un système sanitaire», a estimé Bellamy. «Le gouvernement doit être moins bureaucratique et agir plus vite — mais la communauté des donateurs doit aussi être ouverte à un processus d'assistance.»

L'Éthiopie reproche au monde extérieur de ne pas lui fournir une aide alimentaire d'urgence suffisante. Des mouvements humanitaires estiment que 14 millions de personnes risquent de souffrir de pénuries alimentaires graves en raison de l'absence de pluies cette année en Éthiopie. L'Érythrée voisine a demandé de l'aide pour ses 1,4 million d'habitants menacés de famine, sur une population totale de 3,3 millions de personnes.

Bellamy a regretté que la réaction à de telles situations n'intervienne souvent que lorsqu'il commence à y avoir mort d'homme. «Lorsque les gens commencent à mourir, cela veut dire que l'on est arrivé à un niveau critique qui aurait dû être prévenu. J'espère que cette fois la communauté des donateurs répondra sans délai pour éviter que la crise éclate», a-t-elle dit. Refusant de voir dans le sida un facteur jouant un rôle important dans la pénurie alimentaire, la directrice générale de l'UNICEF a néanmoins estimé que la pandémie avait pu affecter l'agriculture éthiopienne. La guerre de 1998-2000 entre l'Éthiopie et l'Érythrée a aussi aggravé les choses, a-t-elle ajouté.