Accusés d'espionnage, soupçonnés de mollesse - Les inspecteurs de l'ONU entre le marteau et l'enclume

New York - Les inspecteurs en désarmement des Nations unies ont entamé leur difficile mission en Irak il y a à peine plus d'une semaine mais se retrouvent déjà accusés d'espionnage par Bagdad et soupçonnés de mollesse, quand ce n'est pas de complaisance, par Washington.

Cette position inconfortable est cependant peut-être justement la preuve que leur chef, Hans Blix, parvient à remplir ce qu'il a souvent décrit comme fondamental pour l'accomplissement de sa mission: convaincre de son impartialité et de sa neutralité.

Objet d'une campagne de pression des milieux conservateurs américains largement relayée par une partie de la presse, le directeur exécutif de la Commission de contrôle d'inspection et de vérification de l'ONU (COCOVINU) a cependant récemment rappelé qu'aucun gouvernement ne l'avait directement critiqué. Cette déclaration à la chaîne d'informations en continu CNN était cependant antérieure aux déclarations faites mercredi par le vice-président irakien Taha Yassine Ramadan, qui accusait les inspecteurs d'être des «espions à la solde de la CIA et du Mossad», les services de renseignement américains et israéliens. «Les inspecteurs, a-t-il ajouté, ne sont pas venus pour s'assurer que l'Irak ne possède pas d'armes de destruction massive mais pour fournir de meilleures conditions et des renseignements plus précis pour l'attaque contre l'Irak à venir.»

Mais ces accusations, comme celle affirmant que les inspecteurs cherchent à provoquer et à humilier l'Irak, ont été reléguées hier à l'arrière-plan par Saddam Hussein lui-même.

Le président irakien, dans une allocution, a ainsi présenté l'arrivée des experts de la COCOVINU comme une «occasion», soulignant que «l'essentiel» était d'oeuvrer pour éviter davantage de souffrances à la population.

Et le président américain George W. Bush, qui qualifiait lundi de «peu encourageantes» les premières inspections, refusait 48 heures plus tard de se prononcer sur la coopération de Bagdad avec les inspecteurs de l'ONU, soulignant que seul «le temps le dira». Pour Donald Rumsfeld, son secrétaire à la Défense, il ne fait cependant pas de doute que l'Irak détient et dissimule des armes de destruction massive. «Les États-Unis le savent, le Royaume-Uni le sait aussi. Tout pays doté d'un programme de renseignement actif sait que l'Irak a des armes de destruction massive», affirme-t-il ainsi.

Le gouvernement américain n'a cependant pas indiqué être disposé à partager les renseignements qu'il affirme détenir avec les inspecteurs en mesure de les vérifier sur le terrain. Pourtant, l'article 10 de la résolution 1441 du 8 novembre dernier du Conseil de sécurité des Nations unies «prie tous les États membres» de fournir à la commission «toute informations relatives aux programmes interdits» ainsi que de «recommander les sites à inspecter». Et Hans Blix avait lui-même déclaré le 15 novembre dernier en sortant du Conseil qu'il ne «pensait pas que l'on pouvait simplement dire que c'est faux et que tout le monde sait que c'est faux». «Il vient un moment où il faut présenter la preuve, et dans tous les cas, étudier les preuves fait partie de notre mission», avait-il ajouté.