Haïti - Après les manifs, la grève générale

Port-au-Prince - Les activités ont été ralenties hier à Port-au-Prince, où le grand commerce a suivi un mot d'ordre de grève générale de l'opposition et du patronat mais où le commerce, les transports populaires et certaines écoles n'ont pas observé la consigne, selon un journaliste de l'AFP.

Aucun incident n'avait été signalé à la mi-journée dans la capitale et les principales villes de province. Outre le grand commerce, les banques privées et le parc industriel avaient fermé leurs portes alors que les banques d'État et l'administration fonctionnaient à Port-au-Prince.

À Cap-Haïtien, deuxième ville du pays, à 260 kilomètres de la capitale, où la police avait dispersé mardi avec des grenades lacrymogènes deux manifestations rivales, hostile et favorable au président Jean-Bertrand Aristide, la situation était la même, comme à Jacmel (sud-est) et aux Gonaïves (nord-ouest).

Aux Cayes, troisième ville d'Haïti, à 200 kilomètres au sud-ouest de la capitale, une foule importante de partisans du chef de l'État s'était réunie pour une visite du président Aristide.

L'opposition avait lancé son mot d'ordre à la suite de la dispersion brutale mardi par des membres d'organisations populaires (OP), à coups de pierre, de bâton et de rigoise (nom haïtien d'un fouet de cuir de boeuf), d'un début de manifestation pour demander la démission du président Aristide.

Conseil électoral bloqué

Ces violences avaient fait une dizaine de blessés.

Le gouvernement, par la voix du secrétaire d'État à la Communication, Mario Dupuy, avait condamné la violence tout en estimant que l'opposition «devait tenir compte du décalage entre son attitude et les aspirations du peuple qui souhaite des élections».

L'opposition, toutes tendances confondues, a jusqu'à présent refusé de désigner des représentants au nouveau Conseil électoral provisoire (CEP), chargé d'organiser des élections en 2003, estimant qu'elle ne peut faire confiance au chef de l'État.

Le patronat, de son côté, avait appelé dans un communiqué à une journée de grève générale «en guise d'avertissement au pouvoir et pour dire une fois de plus non à l'intolérance, non à l'inacceptable, non au bain de sang, oui au respect des principes démocratiques».

«Les associations patronales, poursuit le texte, face à l'utilisation de groupuscules et de bandits opérant à la manière d'une milice à la solde du parti au pouvoir [...], demandent à la communauté internationale de constater l'insécurité grandissante, institutionnalisée, entretenue par le pouvoir en place, et d'admettre que le processus démocratique est sérieusement mis en péril».

Pour sa part, l'Église catholique a estimé dans un communiqué de la Conférence épiscopale que «tout nous donne l'impression d'assister au naufrage imminent d'un navire» et se demande s'il n'est pas «opportun de s'interroger» sur un renoncement volontaire «au pouvoir pour le plus grand bien de la nation ou bien écourter magnanimement la durée du pouvoir pour appeler à des élections générales anticipées».

L'Église estime en conclusion que le CEP «est une nécessité» et qu'il représente «une balise pour le vaisseau en détresse».