Journée d'émeutes au Timor oriental

Dili - Un couvre-feu a été imposé hier soir à Dili, capitale du Timor oriental, après une journée d'émeutes durant laquelle de trois à cinq personnes auraient été abattues, rapportent des témoins. Il s'agit de la plus grave flambée de violence et du revers le plus grave subi par la jeune démocratie du Timor oriental, qui a accédé dans la douleur à l'indépendance avec l'aide des Nations unies en mai dernier.

Une partie de la ville est très endommagée par les violences, qui ont mis aux prises des centaines de jeunes protestataires aux forces de l'ordre. Le domicile du premier ministre a été incendié, un supermarché et des bureaux ont été pillés et de nombreux véhicules brûlés, d'après les habitants.

Au départ, une manifestation d'étudiants devant un commissariat de police pour protester contre l'arrestation d'un des leurs, la veille, pour des raisons non encore élucidées, a dégénéré en scènes de violence quand la police a abattu l'un des protestataires, a déclaré un témoin.

Les heurts ont opposé environ 500 étudiants à plusieurs dizaines de policiers. Un témoin a raconté que des individus ne portant pas l'uniforme avaient commencé à tirer sur la foule.

Le groupe de manifestants s'est ensuite déplacé devant le siège du Parlement, à deux pâtés de maisons de là, où des tirs ont également eu lieu et où un responsable politique de premier plan a été blessé par un jet de pierre.

Plusieurs témoins ont évalué de trois à cinq le nombre de personnes décédées. Le bilan officiel provisoire du gouvernement fait état d'un mort et d'au moins six blessés. En soirée, les habitants de Dili ont déclaré que les rues étaient désertes à l'exception des patrouilles de soldats de maintien de la paix de l'ONU et de forces de sécurité timoraises.

Le premier ministre Mari Alkatiri a lancé un appel au calme et déploré un «jour triste» pour son pays. Il a en revanche démenti que l'état d'urgence ait été imposé. «Il a simplement dit aux gens de rester chez eux», a déclaré un porte-parole de l'ONU, Brennon Jones.

Le ministre des Affaires étrangères de cette ancienne possession portugaise par la suite annexée par l'Indonésie, Jose Ramos-Horta, a déploré que les événements aient pris «une très mauvaise tournure». «Cette très mauvaise tournure des événements a choqué tout le monde à Dili», a déclaré le ministre depuis Madrid, où il se trouve. «Nous nous étions habitués à un [pays] très stable depuis deux ans et demi. Mais je pense que la situation sera rétablie aujourd'hui.»

Ancienne colonie portugaise, le Timor oriental a acquis son indépendance après avoir été occupé 24 ans par l'Indonésie et administré près de trois années par les Nations unies. L'ONU continue d'y jouer un rôle administratif dans le plus jeune État membre de la communauté internationale. Les dirigeants du Timor oriental vont se réunir d'urgence pour examiner la situation.

Le référendum d'autodétermination organisé en 1999 par l'ONU avait provoqué une vague de violence sanglante de la part de milices timoraises pro-indonésiennes et soutenues par une partie de l'armée de Jakarta. Selon les estimations des Nations unies, il y aurait eu un millier de morts.