Haïti - La contestation s'amplifie contre le régime du président Aristide

Port-au-Prince — La contestation, marquée hier par des incidents violents, s'amplifie en Haïti contre le régime du président Jean-Bertrand Aristide, et l'opposition a appelé à une journée de grève générale pour aujourd'hui.

Ces violences ont fait à Port-au-Prince une dizaine de blessés atteints de jets de pierres et de coups de bâtons parmi les sympathisants de l'opposition, qui ont été brutalement dispersés par des membres d'organisations populaires (OP), accusées régulièrement par l'opposition d'être une milice à la solde du président Aristide.

Pour protester contre ces violences, l'opposition a appelé la population, par la voix d'un de ses membres, René Théodore, à observer aujourd'hui une journée de grève générale.

«Le régime Lavalas a montré sa faiblesse, c'est un pouvoir qui n'accepte aucune contestation et qui est une dictature», a estimé M. Théodore.

Aller aux élections

Pour un des porte-parole de la Convergence démocratique (une des composantes de l'opposition), le socialiste Micha Gaillard, «plus que jamais Lavalas montre son vrai visage avec des milices qui empêchent la liberté d'expression, mais nous n'avons pas d'armes et nous rejetons toute violence et nous avons pris nos distances vis-à-vis des opposants anti-Lavalas qui utilisent la violence aux Gonaïves», ville côtière à 152 km au nord-ouest de la capitale.

«Nous voulons aller aux élections et non pas prendre le pouvoir», a souligné à l'AFP M. Gaillard, indiquant que «M. Aristide n'avait pas rempli ses engagements vis-à-vis de la résolution 822 de l'Organisation des États américains [OEA], notamment en matière de désarmement». Mais «il ne peut être question d'aller aux élections avec lui dans ces conditions», a-t-il dit.

L'OEA souhaite la tenue d'élections législatives et locales en 2003. Pour sa part, le président haïtien, qui a pris ses fonctions le 7 février 2001 pour un mandat de cinq ans (après avoir déjà effectué un premier quinquennat mouvementé de 1991 à 1996 marqué par un coup d'État militaire sanglant), a réaffirmé hier qu'il ne démissionnerait pas et qu'il avait été élu pour cinq ans.

La manifestation d'hier, cautionnée par toutes les tendances de l'opposition, souvent antagonistes, avait pour but de réclamer sa démission.

Le 18 novembre, au Cap-Haïtien (deuxième ville d'Haïti), une marche pacifique anti-Aristide avait réuni sans incident, sous protection policière, pour la première fois plus de 15 000 personnes, illustrant la montée d'un mécontentement de l'opinion.

La faillite des coopératives d'épargne populaire, dont le pouvoir avait encouragé imprudemment la création et qui a ruiné des milliers de petits épargnants, la chute de la monnaie nationale passée de 27 à 37 gourdes pour un dollar, assortie d'une rumeur infondée de saisie des comptes en devises du pays qui a provoqué un exode de capitaux de plus de 60 millions de dollars, ont favorisé ce mécontentement.

À cela s'ajoutent les sanctions internationales face à l'interminable crise politique issue des élections contestées de mai 2000 — 500 millions de dollars d'aide gelés —, qui frappent surtout les plus pauvres et les classes moyennes, et l'augmentation constante du coût de la vie (21 % d'inflation ces derniers mois, selon le Fonds monétaire international).