Riyad espère convaincre les États-Unis de sa bonne foi - L'Arabie renforce la lutte antiterroriste

Washington — L'Arabie Saoudite a lancé hier une offensive de charme pour convaincre les États-Unis de sa bonne foi dans la lutte contre le terrorisme, en annonçant à Washington un durcissement de la lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme.

Riyad va renforcer la réglementation et le contrôle financier des organisations caritatives islamiques, a annoncé hier à Washington le conseiller diplomatique du prince héritier saoudien Abdallah, Adel al-Joubeir.

Le diplomate a également annoncé la création d'une unité de renseignement financière au sein de la banque centrale et des différentes banques privées saoudiennes, ainsi que la relance de la commission antiterroriste conjointe avec les États-Unis. «Depuis trop longtemps, l'Arabie Saoudite a été accusée à tort d'être inefficace et de ne pas coopérer dans la lutte contre le terrorisme», a déclaré M. Al-Joubeir, lors d'une conférence de presse à l'ambassade d'Arabie Saoudite.

Estimant que les «accusations non fondées contre l'Arabie Saoudite [étaient] devenues hors de contrôle», il a présenté un rapport détaillant le bilan de l'action antiterroriste menée par le royaume wahhabite.

Cette conférence de presse et la publication du rapport font partie d'une vaste campagne de relations publiques lancée par Riyad en direction des États-Unis, en réponse aux doutes exprimés récemment par des parlementaires américains sur la crédibilité de la coopération saoudienne dans la lutte antiterroriste.

La semaine dernière, la Maison-Blanche, tout en affirmant que l'Arabie Saoudite était un bon partenaire dans la lutte contre le terrorisme, avait jugé qu'elle pouvait «en faire plus». Une des réformes les plus significatives va intervenir dans le domaine des organisations caritatives, a précisé hier M. Al-Joubeir.

Le royaume saoudien, par l'entremise d'une Haute Commission de supervision des organisations charitables, a mis en place des mesures d'audit financier «afin que les contributeurs soient assurés que l'argent va là où il est censé aller», a-t-il indiqué. M. Al-Joubeir a reconnu que, «par le passé», les dirigeants saoudiens ont pu avoir été «naïfs». «Nous n'avions pas de moyens

de contrôle adéquats sur toutes nos donations. En conséquence de quoi, certains ont pu profiter de notre charité et de notre générosité», a-t-il admis.

L'Arabie Saoudite affirme avoir gelé déjà 33 comptes bancaires appartenant à trois personnes et une institution, pour un total de 5,5 millions de dollars. Le montant des donations à des organisations caritatives émanant d'Arabie Saoudite est estimé entre trois et quatre milliards de dollars par an.

Riyad a collaboré avec Washington pour bloquer les avoirs de la fondation islamique al-Haramein, dont les bureaux en Bosnie et en Somalie, soupçonnés d'avoir été infiltrés par al-Qaïda, ont été fermés, a rappelé M. Al-Joubeir. Plus d'une centaine de mem-bres présumés d'al-Qaïda se trouvent dans les prisons saoudiennes et les services secrets du royaume ont aussi aidé au démantèlement de trois cellules d'al-Qaïda et à la capture de lieutenants du réseau terroriste, a-t-il ajouté.

Cette mise au point fait suite aussi aux révélations de l'hebdomadaire Newsweek selon lesquelles des fonds provenant d'un compte bancaire de la princesse Haïfa al-Faiçal ont atterri dans les mains de deux terroristes ayant participé aux attentats du 11 septembre 2001. La princesse a expliqué que ses dons humanitaires à une ressortissante saoudienne avaient été détournés à son insu.

Enfin, M. Al-Joubeir a réfuté les accusations israéliennes selon lesquelles le royaume saoudien financerait les mouvements radicaux palestiniens placés par Washington sur la liste des organisations terroristes.