La menace d'une guerre indo-pakistanaise devient «réelle»

L'Inde et le Pakistan sont engagés dans une nouvelle escalade militaire au Cachemire depuis un attentat qui a fait 35 morts le 14 mai à Jammu, au Cachemire indien. Les récents duels d'artillerie ont fait plusieurs victimes. La communauité internationale invite les deux pays à la retenue.

Paris — La communauté internationale, inquiète devant l'escalade militaire entre l'Inde et le Pakistan au Cachemire, a appelé depuis deux jours les deux pays à la retenue, alors qu'un dirigeant séparatiste musulman modéré était assassiné hier au Cachemire indien.


Le gouvernement britannique a indiqué qu'il prenait «extrêmement au sérieux» la situation entre l'Inde et le Pakistan et annoncé que son ministre des affaires étrangères se rendrait la semaine prochaine en Inde et au Pakistan, l'éventualité d'«une guerre» entre les deux pays étant «réelle et très inquiétante».


«Nous appelons les deux parties à la retenue, comme nous l'avons fait par le passé, et il est évidemment important que le soutien au terrorisme sous n'importe quelle forme s'arrête afin que le dialogue politique puisse prendre sa place», a indiqué son porte-parole.


La crise du Cachemire a pris hier une nouvelle tournure dramatique avec l'assassinat d'un dirigeant séparatiste modéré, Abdul Ghani Lone, qui a été abattu par des inconnus à Srinagar (Cachemire sous contrôle indien).


M. Lone, l'un des chefs de l'Alliance Hurriyat du mouvement séparatiste musulman du Cachemire indien (APHC), était considéré comme une figure modérée du mouvement séparatiste cachemiri.


Fait rare, l'assassinat de M. Lone, 70 ans, a été immédiatement condamné par l'Inde et le Pakistan.


Le Pakistan avait appelé lundi la communauté internationale à «faire entendre raison» à l'Inde et à intensifier ses efforts pour apaiser la tension au Cachemire.


Le commissaire européen aux Affaires étrangères, Chris Patten, qui doit se rendre à Islamabad et à New Delhi, a dit hier qu'il exprimerait aux deux gouvernements «l'inquiétude» de l'Union européenne.


«Il est d'une importance capitale que le président Musharraf démontre à la communauté internationale qu'il pensait ce qu'il disait dans son discours de janvier sur le terrorisme et l'extrémisme», a ajouté M. Patten lors d'une conférence de presse.


Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Kong Quan, a espéré pour sa part «que le Pakistan et l'Inde vont prendre en considération la paix et la stabilité en Asie du Sud et exercer de la retenue».


Le ministre iranien des Affaires étrangères, Kamal Kharazi, s'est entretenu hier avec le premier ministre indien, Atal Behari Vajpayee, et la radio d'État iranienne a annoncé qu'il se rendrait ensuite à Islamabad pour rencontrer le président pakistanais, Pervez Musharraf.


Lundi, le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, «très préoccupé par le haut niveau de victimes lors des échanges de tirs persistants sur la ligne de contrôle» entre l'Inde et le Pakistan, a demandé, dans un communiqué, «aux deux parties d'observer la plus grande retenue pour éviter une nouvelle aggravation des tensions».


La conseillère de la Maison-Blanche pour la sécurité nationale, Condoleezza Rice, avait souligné lundi soir qu'une guerre entre les deux pays sur le Cachemire irait au détriment de leurs intérêts réciproques et rappelé que «le président [pakistanais Pervez] Musharraf a assuré qu'il mettrait fin aux incursions à travers la ligne de démarcation et agirait contre les infrastructures terroristes».


L'Inde et le Pakistan sont engagés dans une nouvelle escalade militaire au Cachemire depuis un attentat qui a fait 35 morts, pour la plupart des civils, le 14 mai à Jammu, au Cachemire indien, attribué par New Delhi à des militants pakistanais. Quinze Pakistanais ont été tués depuis vendredi à la suite de bombardements indiens. Selon l'Inde, les duels d'artillerie ont causé la mort de deux personnes, fait une vingtaine de blessés et 12 000 déplacés côté indien.


Le chef du commandement central américain, Tommy Franks, a dit espérer hier que les tensions indo-pakistanaises ne conduiront pas Islamabad à retirer des troupes de la frontière afghane. Les forces américaines comptent sur les troupes pakistanaises pour patrouiller le long de la frontière afghane et bloquer les mouvements des combattants présumés talibans et d'al-Qaïda tandis que les Américains, de leur côté, lancent des opérations en Afghanistan.