Le Royaume-Uni dénonce la torture en Irak

Londres — Un rapport détaillé publié hier par le ministère britannique des Affaires étrangères dénonce la torture «systématique» des opposants politiques en Irak par le régime «sans pitié» de Saddam Hussein.

Le secrétaire au Foreign Office Jack Straw a dénoncé hier la «terreur systématique perpétrée par [le président irakien] Saddam (Hussein) quotidiennement contre son propre peuple», à l'occasion de la publication de ce dossier sur les droits de l'Homme en Irak.

Dans son deuxième réquisitoire contre Saddam Hussein publié en l'espace de deux mois, la Grande-Bretagne dénonce les conditions de détention «inhumaines et dégradantes» des prisonniers politiques, ainsi que les exécutions sommaires sans jugement. «Saddam Hussein s'est montré sans pitié pour les opposants depuis son arrivée au pouvoir en 1979», manifestant un cruel mépris de la vie humaine et de la souffrance, souligne le document. «L'Irak est un endroit terrifiant à habiter», juge le rapport, qui énumère les tortures en vigueur, comme l'arrachage de globes oculaires, le percement de mains avec une perceuse électrique, l'application de décharges électriques, la suspension de prisonniers du plafond ou encore les sévices sexuels.

Il se fonde sur des témoignages d'exilés irakiens, sur le travail de rapporteurs des Nations unies et d'organisations de droits de l'Homme, ainsi que sur des informations obtenues par les services secrets. En septembre, le premier ministre Tony Blair avait déjà publié un dossier sur le programme irakien d'armes nucléaires, biologiques et chimiques, affirmant qu'il était «actif et en pleine expansion».

«Lorsque nous pouvons tenter de mettre fin aux violations des droits de l'homme par voie diplomatique, nous le faisons. C'est aussi le cas pour les pays qui détiennent des armes de destruction massive comme la Corée du Nord», a déclaré M. Straw, interrogé sur la BBC sur le fait que d'autres pays commettaient des violations des droits de l'Homme sans être menacés d'une guerre.

Amnesty n'apprécie pas

L'organisation Amnesty International s'est montrée circonspecte dimanche sur le rapport. Sa secrétaire générale, Irene Khan, a estimé que «cette attention sélective aux droits de l'Homme n'est pas autre chose qu'une manipulation froide et calculée du travail des militants des droits de l'Homme». «N'oublions pas que les mêmes gouvernements ont fermé les yeux sur les rapports d'Amnesty International portant sur les violations massives des droits de l'Homme en Irak avant la guerre du Golfe», a-t-elle ajouté.

Les signes de coopération donnés par l'Irak jusqu'à présent ne sont pas encourageants, a déclaré hier le président américain George W. Bush. «Le régime qui a tiré sur des pilotes américains et britanniques ne prend pas la voie du respect» des résolutions des Nations unies lui enjoignant de désarmer, a affirmé M. Bush lors d'un discours au Pentagone.

«Un régime qui envoie des lettres remplies de protestations et de faussetés ne prend pas le chemin du respect» des résolutions, a poursuivi le président américain. Il a rappelé que l'Irak devait fournir d'ici au 8 décembre une liste complète de ses programmes de développement d'armes de destruction massive et de missiles balistiques.

Des équipements répertoriés par l'ancien organisme chargé de désarmer l'Irak étaient portés manquants sur un site lié à la production balistique de l'Irak inspecté hier par l'ONU, a indiqué le porte-parole des inspecteurs à Bagdad. Il s'agit du premier incident de cette nature depuis la reprise des inspections le 27 novembre. «On [les Irakiens] nous a assuré qu'une partie avait été détruite dans le bombardement du site [en 1998] et que l'autre partie a été transférée vers d'autres sites», a ajouté indiqué le porte-parole des inspecteurs, Hiro Ueki.