Des parlementaires veulent protéger les avions américains contre les missiles

Washington — Le missile sol-air, nouvelle arme des terroristes? La perspective fait pâlir d'effroi des parlementaires américains qui ont demandé à la Maison-Blanche et aux compagnies aériennes de prendre des mesures techniques de protection jugées indispensables mais coûteuses.

Si certains aéronefs militaires américains sont équipés de systèmes anti-missiles, ce n'est pas le cas des milliers d'avions de ligne qui sillonnent chaque jour le ciel des États-Unis.

Des membres de la commission du Renseignement du Sénat américain ont prévenu dimanche que ce n'était qu'une question de temps avant qu'une tentative d'attentat semblable à celle survenue au Kenya contre un avion d'une compagnie charter israélienne ne se reproduise aux États-Unis.

«Soyons honnêtes. Il y a des milliers de missiles sol-air de par le monde [...] Tôt ou tard, cela sera l'une des méthodes utilisées par les terroristes pour frapper» un de nos avions, a averti le sénateur Richard Shelby.

Le président de la commission, Robert Graham, a demandé à l'administration Bush de prendre des mesures immédiates pour protéger les avions civils.

La plupart des avions militaires de combat sont équipés depuis longtemps de systèmes de protection. La parade consiste à effectuer une brutale manoeuvre d'évitement, tout en larguant des leurres éclairants qui simulent une source de chaleur semblable à celle s'échappant de la tuyère des réacteurs.

Air Force One, le Boeing 747 qui transporte le président des États-Unis et sa suite aux quatre coins du globe, emporte aussi divers systèmes sophistiqués de contre-mesures et de défense.

Les services de renseignement américains estiment que plusieurs milliers de missiles sol-air portables inondent aujourd'hui le marché et ne coûtent que quelques milliers de dollars pièce. Outre le SAM-7 de fabrication soviétique, des versions yougoslave, pakistanaise ou chinoise sont disponibles. L'Iran est soupçonné d'en avoir fourni aux groupes palestiniens radicaux ainsi qu'à la milice chiite pro-iranienne du Hezbollah. En outre, dans les années 80, la CIA avait fourni environ un millier de Stinger (version américaine du SAM-7) aux moudjahidines afghans qui combattaient l'envahisseur soviétique. Washington estime à environ 300 ou 400 le nombre de ceux non récupérés.

Les craintes des États-Unis sont fondées. Fin mai, une trentaine de missiles HN-5 (version chinoise du SAM-7) avaient été découverts dans une cache d'al-Qaïda, au sud-est de l'Afghanistan. Et en avril, un tube-lanceur avait été trouvé à proximité de la base aérienne du prince Sultan, en Arabie Saoudite.

À ce jour pourtant, et à l'exception probable de la compagnie israélienne El Al, aucune compagnie américaine n'a souhaité dépenser les trois millions de dollars par appareil nécessaire pour protéger la flotte civile. «Le problème est que l'industrie, et c'est compréhensible, fait le gros dos devant ce coût énorme. Et il n'y a personne d'autre pour l'instant pour payer la facture», explique Daniel Benjamin, ancien directeur du contre-terrorisme au Conseil présidentiel de la sécurité nationale et auteur du livre L'Âge de la terreur sacrée. Le commandant de l'armée de l'air israélienne, le général Dan Halutz, a confirmé que certains avions de ligne étaient déjà équipés d'un système anti-missile, sans que l'on sache si le Boeing 757 de la compagnie Arkia visé au Kenya en fait partie.