Semaine intense pour l'ONU et l'Irak

Le Conseil de sécurité des Nations unies se prépare à une semaine particulièrement intense en liaison avec l'Irak, marquée par un débat sur le renouvellement du programme «pétrole contre nourriture» et la première échéance majeure fixée à Bagdad par la résolution 1441 sur son désarmement.

Le programme «pétrole contre nourriture» ayant été reconduit pour neuf jours seulement la semaine dernière, en raison de l'insistance américaine à allonger la liste des produits interdits d'importation en Irak, le Conseil devra se prononcer mercredi au plus tard sur son renouvellement.

D'autre part, pendant que les experts en désarmement de l'ONU effectuaient hier leur quatrième journée d'inspection, Bagdad annonçait la mort de quatre personnes dans un raid de l'aviation anglo-américaine contre Bassorah, dans le sud du pays.

Le Commandement central américain a de son côté dit avoir frappé des cibles militaires à proximité de cette ville en représailles à des tirs irakiens. L'armée irakienne affirme en revanche que ce sont des installations pétrolières qui étaient visées par ces bombardements qui ont fait quatre morts et 27 blessés selon Bagdad.

Par ailleurs, c'est dimanche 8 décembre au plus tard que l'Irak est tenu de donner une liste complète et à jour de ses armes de destruction massive, sous peine d'encourir de «graves conséquences», aux termes de la résolution adoptée à l'unanimité du Conseil de sécurité le 8 novembre.

Selon un diplomate d'un pays influent au comité des sanctions contre l'Irak, Bagdad pourrait fournir ce rapport dès mercredi.

«Des collègues dans la région s'attendent à ce que l'Irak publie quelque chose avant la fête de l'Aïd el-Fitr», marquant la fin du mois, sacré pour les musulmans, du ramadan, a-t-il dit. «L'idée, c'est que les Irakiens publieront un gros document, ce ne sera pas absolument complet et exhaustif, mais ça ne sera pas non plus une provocation disant carrément "allez vous-en, nous n'avons pas d'armes de destruction massive"», selon ce diplomate.

La déclaration irakienne, au vu des précédentes, risque d'être volumineuse: lorsque des responsables irakiens ont rencontré à Vienne les chefs des inspecteurs, Hans Blix et Mohamed Elbaradei, les 30 septembre et 1er octobre, ils leur ont remis huit rapports semestriels, censés couvrir la période depuis le départ de la précédente équipe d'inspecteurs en 1998.

«Les rapports étaient inscrits sur CD-Rom et comptaient l'équivalent de dizaines de milliers de pages, ce n'était pas quelque chose qu'on pouvait lire en une soirée», selon le porte-parole de M. Blix, Ewen Buchanan. La résolution 1441 ordonne à Bagdad de faire «une déclaration à jour, exacte et complète sur tous les aspects de ses programmes de mise au point d'armes chimiques, biologiques et nucléaires, de missiles balistiques et d'autres vecteurs tels que véhicules aériens sans pilote et systèmes de dispersion».

Elle précise en outre que tout manquement de Bagdad à ses obligations ouvre la voie à de «sérieuses conséquences», c'est-à-dire une éventuelle intervention militaire.

Avant même cette échéance, les 15 membres du Conseil de sécurité doivent se retrouver dès aujourd'hui pour discuter du programme «pétrole contre nourriture».

Ils doivent théoriquement se mettre d'accord avant mercredi minuit (jeudi 5h GMT) sur le renouvellement de ce programme destiné à limiter l'impact des sanctions internationales contre le régime de Bagdad sur la population civile irakienne.

Le 25 novembre, le renouvellement pour six mois supplémentaires de ce programme qui arrivait à expiration le jour même, aurait du être une formalité. Mais l'intransigeance inattendue de Washington, qui voulait inclure de nouveaux produits sur la liste des articles dont l'importation en Irak est interdite, a fait voler en éclat l'unité des quinze membres du Conseil.

Plusieurs diplomates à l'ONU ont fait part de leur colère devant cette apparente tentative américaine d'utiliser un programme humanitaire comme outil de négociation.

Enfin, pour le quatrième jour d'inspections autour de Bagdad, les inspecteurs en désarmement de l'ONU ont visité hier un centre ayant abrité un des programmes militaires les plus secrets du régime irakien, sur fond de doutes sur la confidentialité de ces visites.

L'Irak, qui a reconnu en 1995 avoir un programme d'armes bactériologiques, avait décrit les techniques de dispersion par aérosol dans une déclaration à l'ONU en juin 1996 et assuré avoir mis un terme à ces recherches et détruit tous les équipements.