Journée mondiale du réfugié - La Terre est aussi peuplée de réfugiés...

Journée mondiale du réfugié - Victimes d’injustices dans leurs pays, souvent séparés de leurs familles pendant de longues périodes, obligés d’affronter les bureaucraties, les réfugiés,  comme Gauthier Mukendi (ci-dessus), ont besoin de beauc
Photo: Journée mondiale du réfugié - Victimes d’injustices dans leurs pays, souvent séparés de leurs familles pendant de longues périodes, obligés d’affronter les bureaucraties, les réfugiés, comme Gauthier Mukendi (ci-dessus), ont besoin de beauc
À l'occasion de la Journée mondiale du réfugié décrétée par les Nations unies, la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes du Québec a organisé hier une série de manifestations visant à saluer la contribution à la société d'accueil de ces personnes chassées de leurs pays par la violence ou par diverses formes de persécution.

En 2005, le Canada a accueilli 10 400 réfugiés «parrainés» et près de 20 000 revendicateurs du statut de réfugié. Les estimations pour 2006 sont du même ordre et les projections pour l'année en cours sont à la hausse en raison du nombre accru de personnes ayant besoin de protection internationale dans le monde.

«Les réfugiés ne sont pas des chiffres mais des êtres humains, a plaidé Rivka Augenfeld, porte-parole de la Journée mondiale à Montréal, dans une entrevue au Devoir. «Ils ne sont pas non plus des anges, mais des personnes qui ont une force incroyable, qui leur permet de survivre et de garder des valeurs humaines dans des situations anormales, a-t-elle ajouté.

La «force» est d'ailleurs le thème qu'a choisi cette année le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés pour cette journée mondiale, qui est célébrée depuis 2001.

Au Canada, les réfugiés parrainés le sont soit par le gouvernement, soit de façon privée par des groupes communautaires ou religieux. Tout en reconnaissant le rôle positif joué par le Canada dans l'accueil des réfugiés, la Table de concertation s'est associée hier au gouvernement du Québec pour lancer une campagne en faveur du parrainage privé.

Esperanza Sanchez Espitia a bénéficié il y a cinq ans d'un tel parrainage de la part d'une église anglicane de la Colombie-Britannique, où elle a séjourné avec ses deux enfants pendant trois ans avant de s'établir au Québec. Cette photo-journaliste avait dû quitter sa Colombie (sud-américaine) natale en raison des menaces que lui valait son travail en faveur des populations autochtones, otage des luttes que se livrent la guérilla marxiste et les paramilitaires d'extrême droite.

«Il faut sortir les réfugiés de l'invisibilité. C'est particulièrement important pour les trois millions de personnes déplacées par la violence à l'intérieur de la Colombie, et dont la vie est menacée», a dit Mme Sanchez Espitia, rencontrée par Le Devoir au YMCA du centre-ville.

Mme Esperanza continue de travailler bénévolement en faveur des droits des autochtones tout en suivant des cours pour perfectionner son français. Elle projette de publier un livre sur les cultures indigènes, dont la préface a été écrite par le Prix Nobel de la paix Rigoberta Menchu.

Le Québec accueille actuellement plus de la moitié des réfugiés originaires de Colombie, a souligné Rivka Augenfeld.

Gauthier Mukendi étudiait le droit en République démocratique du Congo lorsqu'il a été emprisonné pour possession de documents compromettants pour le régime du président Laurent Kabila, le père de l'actuel chef d'État. Après s'être enfui de Kinshasa, il a gagné l'Italie, puis la Suisse, avant de présenter une demande d'asile à son arrivée au Canada en mars 2001.

M. Mukendi a obtenu sa carte de résident permanent avec statut de réfugié politique deux ans plus tard, après quoi il a dû attendre une autre année avant que son épouse soit autorisée à le rejoindre à Montréal.

Il a renoncé à son rêve de devenir avocat. Employé dans une entreprise de plastique, il vise aujourd'hui une carrière de technicien en radiologie, afin de subvenir aux besoins de son épouse et d'un jeune enfant.

«Je lance un appel à la population et au gouvernement pour qu'ils continuent à soutenir les réfugiés, dont le nombre augmente plutôt que de diminuer. Beaucoup n'ont pas la chance de trouver un pays d'accueil», a signalé M. Mukendi.

Le HCR vient en effet d'annoncer que le nombre des réfugiés dans le monde a augmenté récemment, pour la première fois depuis 2002, en grande partie du fait de la crise en Irak. Il atteint presque la barre des dix millions de personnes, sans compter les 4,3 millions de Palestiniens qui relèvent d'une autre agence.

De son côté, le Conseil canadien des réfugiés (CCR) a profité de la Journée mondiale pour demander au gouvernement fédéral de changer certaines politiques ou pratiques qui retardent, voire rendent impossible, la réunification des réfugiés avec leurs proches.

Parmi ces obstacles à la réunification familiale, l'organisme mentionne: «une définition étroite de la famille, qui exclut par exemple les enfants biologiques»; l'imposition de tests d'ADN; le fait qu'on ne peut parrainer un membre de sa famille si on est bénéficiaire de l'aide sociale; l'exclusion définitive d'enfants qu'on aurait omis de déclarer lors de sa demande d'asile initiale.

Le CCR demande à Ottawa de faire une plus grande place aux familles des réfugiés dans ses quotas annuels d'immigration.

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